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«Il faut légaliser les migrants à large échelle»

Alexandrina Farinha défend des idées fortes de solidarité dont, en tête, de ses espérances, une meilleure répartition des richesses.
© Olivier Vogelsang

Alexandrina Farinha défend des idées fortes de solidarité dont, en tête, de ses espérances, une meilleure répartition des richesses.

Entretien avec Alexandrina Farinha, coprésidente de la commission migration d’Unia

Eveil précoce de la conscience syndicale et ouvrière d’Alexandrina Farinha. Coprésidente de la commission migration à Unia, membre du PC, la Genevoise d’adoption de 63 ans a grandi dans un petit village de l’Alentejo, au Portugal, dans un milieu modeste. La région est pauvre et ses parents triment dur pour s’en sortir. Son père s’échine dans une usine de matériel de construction. Sa mère effectue des petits boulots saisonniers dans l’agriculture, les ménages, etc., au gré des opportunités. Le 25 avril 1974 marque un tournant majeur dans l’existence de la Portugaise. «Le jour de la Révolution des œillets, je me suis rendue en classe, comme d’habitude. La professeure de français, une femme moderne, nous a annoncé que nous allions faire grève. Nous ne savions pas exactement ce que cela signifiait, mais la professeure a souri, s'est assise sur une table, a allumé une cigarette, a demandé si d'autres en voulaient et dit qu’elle allait tout nous apprendre sur le sujet, les dictatures et les dictateurs dans notre pays, ce qu’étaient la révolution et la lutte», raconte Alexandrina Farinha, laissant le souvenir de foules immenses dans les rues, de banderoles, de musiques, de couleurs, affluer dans sa mémoire. «La vie a complètement changé en quelques mois. Nous avions hérité d’une liberté d’action, de parole inconnues avant cet événement.»

Envol

A 17 ans, la jeune femme d’alors quitte sa patrie pour suivre celui qui deviendra son futur mari et le père de ses enfants, un Chinois œuvrant dans la gestion du transport maritime de marchandises. Le couple s’installe à Taipei, capitale de Taïwan. Onze ans plus tard, Alexandrina Farinha divorce et pose ses valises à Hong Kong. Elle travaille alors comme assistante technique (secrétaire) pour le consulat portugais – poste qu’elle occupe toujours mais à Genève – dans l’ancienne colonie britannique. Elle milite parallèlement au sein du syndicat de fonctionnaires spécialisé dans sa branche. Une «restructuration consulaire», en 2003, l’amène à se mobiliser pour retrouver ailleurs un nouveau poste de travail pour elle et une dizaine de collègues. C’est dans ce contexte que la voyageuse atterrit dans la ville du bout du lac. En 2011, Alexandrina Farinha contacte Unia: son employeur paie le personnel en euros au cours alors largement dévalué. La lutte s’engage. «Nous avions besoin d’aide pour nous soutenir dans notre grève, qui a duré cinq semaines.» Depuis, la Portugaise n’a plus quitté Unia. Mieux, elle s’est engagée dans la commission migration au niveau national. Et défend des idées fortes de solidarité. 

De l’empathie à revendre

«Il ne peut y avoir d’intégration sans un droit de participation ouverte à la vie politique et sociale helvétique», affirme la syndicaliste, mentionnant au passage la votation cruciale, le 9 juin prochain à Genève, sur la question de vote et d’éligibilité des étrangers au plan cantonal. «Comment peut-on leur refuser cet accès alors qu’ils paient des impôts, contribuent aux assurances sociales. Comment peut-on admettre qu’ils ont des obligations sans bénéficier de droits.» Mais le combat d’Alexandrina Farinha – qui ne s’est pas naturalisée, n’en ressentant pas la nécessité et jugeant le processus arbitraire – va encore plus loin, révoltée par la situation des sans-papiers. «La Suisse abrite un nombre important de personnes sans statut légal dont l’économie a besoin. Sans elles, plus rien ne fonctionne. Pourtant, elles subissent sans arrêt des tracasseries, doivent se cacher de la police, risquent des amendes. Je me positionne en faveur d’une légalisation à large échelle de ces migrants via une procédure administrative simplifiée.» La syndicaliste précise porter une attention toute particulière aux femmes immigrées, souvent doublement discriminées. Elle défend également les frontaliers, rappelant qu’ils participent largement à la prospérité de la Suisse. Pour sa part, elle se sent très bien intégrée dans nos frontières. La retraite, elle la passera entre son pays d’adoption et sa patrie. Et se réjouit d’ores et déjà de disposer de davantage de temps pour poursuivre ses engagements politiques et syndicaux chevillés au corps. «Mon rêve? Si j’avais du pouvoir, je veillerais à une meilleure répartition des richesses», conclut celle qui possède d’inépuisables trésors d’empathie...