Plus d’un travailleur sur dix mal payé

Les vacances loin de chez soi, un rêve inaccessible pour nombre de salariés trop pauvres pour les envisager. Le moindre imprévu financier, une facture de dentiste par exemple, devient un casse-tête pour ces mêmes employés qui, confrontés à une dépense extraordinaire, voient l’équilibre fragile de leur budget se rompre au point que certains renoncent même à se faire soigner... Mais de qui parle-t-on dans l’opulente Suisse dont la santé économique et un taux de chômage largement inférieur à la moyenne européenne font pâlir d’envie ses pays voisins? Quels sont ces travailleurs qui, bien que bossant souvent à plein temps, peinent à joindre les deux bouts? Jonglent chaque fin de mois avec le maigre pécule qui leur reste une fois les charges fixes couvertes? Des personnes particulièrement mal payées, dont une majorité de femmes, et travaillant pour la moitié d’entre elles dans des entreprises de petite taille comptant moins de 50 collaborateurs.

Selon la dernière enquête de l’Office fédérale de la statistique (OFS) sur la structure des salaires 2016 publiée ce mois-ci, plus d’une personne sur dix perçoit une rémunération basse. Comprenez un revenu mensuel inférieur à 4335 francs soit les deux tiers du salaire médian qui s’élève, pour l’année de référence, à 6502 francs. Ces catégories d’employés se retrouvent essentiellement dans le secteur des services à la personne comme les salons de coiffure ou les entreprises de nettoyage qui affichent pour leur part le taux de postes à bas salaire le plus élevé, soit 59,1%. Viennent ensuite les branches du commerce de détail, de la restauration et de l’hôtellerie. Des secteurs qui retiennent depuis des lustres l’attention des syndicats bataillant pour obtenir de meilleures conditions de travail et une revalorisation salariale de ces branches.

Sur les 473 700 actifs frappés par la problématique, deux tiers sont des travailleuses, et plus de la moitié de nationalité étrangère. Des constantes en la matière entre la discrimination salariale observée dans les métiers dits typiquement féminins – donc qui aurait une valeur moindre? – et l’exploitation, souvent plus aisée, d’un personnel sans passeport suisse, ne connaissant ou n’osant pas nécessairement lutter pour ses droits. Quant au cursus des travailleurs payés au lance-pierre ou presque, il varie. Les personnes sans qualification ou celles ayant été formées en entreprise sont majoritaires. Mais on trouve aussi un taux de 10,4% de bas salaires parmi les employés au bénéfice d’un CFC et de 14,8% parmi ceux avec une maturité... Des apprentissages et des études guère valorisés... Au niveau géographique enfin, le Tessin se trouve en tête de liste des régions où le taux d’emploi à bas salaire s’avère le plus élevé, soit 24,7%. Plus du double de la moyenne nationale.

Ces chiffres démontrent, une fois de plus, la nécessité de contrôles et d’augmentation des rémunérations, en particulier dans les branches majoritairement féminines: les revendications du 14 juin trouvent, avec l’étude de l’OFS, une nouvelle cage de résonance s’il en fallait encore. Dans ce contexte, l’introduction de salaires minimaux de 4000 francs fois treize et la conclusion de conventions collectives de travail de branche se révèlent indispensables pour lutter contre la précarité induite par la situation actuelle. Autant d’exigences qui, dès la rentrée, seront ramenées sur le devant de la scène par Unia. Un automne combatif en perspective...