Vers un Mai 2018?

«Fac bloquée pour une fac ouverte» Ce slogan, placardé sur l’Université française de Nanterre, résume à lui seul l’entier du mouvement. Mobilisés depuis fin mars, des milliers d’étudiants éparpillés sur une vingtaine de sites dans toute la France dénoncent la nouvelle procédure d’inscription à l’université annoncée par Emmanuel Macron, Parcoursup. Ce dispositif, dans le cadre de la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants, autorise la prise en compte des lettres de motivation et de l’histoire scolaire pour accéder à une faculté. La pondération des notes en fonction de la filière choisie et du lycée d’origine devient une réalité et les activités extrascolaires sont grandement appréciées. Pour les jeunes, mais aussi pour les enseignants-chercheurs et les présidents d’université, cette réforme instaure une sélection sociale des étudiants qui est inadmissible. C’est l’universalité du baccalauréat comme diplôme d’accès à l’enseignement supérieur qui est remise en question, et ça, ça ne passe pas!

Creusement des inégalités. Déterminés, les étudiants défendent une université ouverte à tous, aux riches comme aux pauvres, aux meilleurs comme aux moins bons. Parce que la fac est un lieu de socialisation et d’émancipation important, une institution fédératrice qui voit éclore des avenirs, des talents, mais aussi un endroit où l’on a le droit à l’erreur. Au lieu de suivre une logique d’égalité des chances, déjà bien amochée en France, le logiciel Parcoursup permet désormais aux établissements de moduler le pourcentage de boursiers qu’ils souhaitent, écartant de plus en plus les enfants des classes populaires de l’enseignement supérieur et aggravant les inégalités sociales.

Bombe à retardement. Les tensions sont vives en France et le ras-le-bol est palpable. Entre les universités bloquées, les manifestations étudiantes, la grève des cheminots, les fonctionnaires à bout de souffle et les affrontements entre forces de l’ordre et zadistes à Notre-Dame-des-Landes, la société est au bord de l’explosion. Le parallèle avec Mai 68, à 50 ans de sa commémoration, est tentant. Aujourd’hui, comme en 1968, ce sont les étudiants qui donnent l’impulsion au mouvement, et les travailleurs qui font front. Aujourd’hui, comme en 1968, les universités de Nanterre et de la Sorbonne sont à la tête de la contestation. Aujourd’hui, comme en 1968, la violence est un fait. On retiendra avec écœurement l’intervention de personnes cagoulées dans la faculté de «droit» de Montpellier venues rouer de coups des étudiants qui occupaient pacifiquement un amphithéâtre. Aujourd’hui, nous assistons en France à une accumulation des luttes. Le climat et les débats sociétaux ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans, mais tous les ingrédients sont réunis pour faire converger les luttes et exiger un vrai changement. Une petite étincelle suffirait à mettre le feu aux poudres. La balle est désormais dans le camp des syndicats qui auront la lourde tâche d’organiser un mouvement global. C’est sans doute là que le bât blesse…