Un Jurassien sur deux au chômage partiel

Atelier de mécanique de précision.
© Pierre Noverraz/Archives

Le poids de l’industrie, notamment la mécanique de précision ou l’horlogerie, est important dans le canton du Jura. L’exiguïté de certains ateliers ont empêché la poursuite du travail, les mesures de protection de l’OFSP étant difficilement applicables sans aménagements. 

1800 entreprises ont demandé une réduction de l'horaire de travail, plaçant le Jura en tête des cantons romands concernés par le chômage technique

Le Jura est en tête des cantons romands concernés par le chômage partiel, suivi de peu par Neuchâtel. Au début du mois de mai, 50% de la population active jurassienne était au chômage technique contre 37% au niveau national et plus de 45% à Neuchâtel. 1800 entreprises du Jura ont déposé des demandes de réduction de l'horaire de travail (RHT) en faveur d’environ 20000 travailleurs. Comme ailleurs, l’instrument a été utilisé par les branches ayant dû cesser leur activité sur décision de Berne, comme la vente ou l’hôtellerie-restauration. Pour le reste, les chiffres s’expliquent par le poids de l’industrie, en particulier de l’horlogerie, dans le tissu économique de la région. L’Arc jurassien est habitué à utiliser la RHT, y compris entre deux crises lorsque les carnets de commandes diminuent. Avec l’irruption du coronavirus, les ventes de montres se sont effondrées, d’abord dans l’un des premiers marchés de l’horlogerie helvétique, la Chine. Anticipant cette baisse de la demande, de grandes manufactures ont fermé leurs portes, poussant des sous-traitants à en faire de même. Face au ralentissement de l’activité et des échanges, l’industrie des machines a aussi réduit sa production.

Les dégâts limités

La proximité des places de travail dans certains ateliers ne permettait guère de toute façon de respecter les recommandations de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) sans quelques aménagements intérieurs. «De nombreuses entreprises, parmi celles-ci des enseignes de l’horlogerie, ont pris l’initiative d’arrêter leurs activités parce qu’il n’était tout simplement pas possible de mettre en œuvre immédiatement les directives de l’OFSP. Le geste est à saluer car cela n’a pas été le cas partout. On peut regretter que de grandes entreprises, du Jura bernois notamment, n’aient pas emboîté le pas à leurs consœurs», indique Patrick Cerf, responsable de l’industrie pour Unia Transjurane.

Si le Jura est le premier canton romand du chômage partiel, c’est sans doute aussi un peu le résultat de l’activisme des autorités. Au mois de mars, six contrôleurs tournaient sur les chantiers faisant tomber les unes après les autres les entreprises de la construction en RHT. Dans le Jura bernois, par contre, c’était le laisser-faire. Le responsable syndical confirme cette tendance dans l’industrie: «Nous avons reçu des plaintes, que nous avons relayées, le canton du Jura a mené des contrôles qui ont permis de limiter les dégâts. Cela a été moins facile dans le Jura bernois. Nous avons aussi reçu des coups de fil de responsables RH qui nous ont demandé des conseils.»

Le boulot reprend

«Le plus dur est passé, maintenant le boulot reprend, toujours avec l’aide des services de l’Etat pour ne pas mettre en danger les travailleurs dans les ateliers. Tout le monde doit faire des efforts. Les employeurs sont parfois très créatifs, parfois un peu trop, on n’est pas toujours contents, comme lorsqu’ils touchent les stocks d’heures supplémentaires ou de congés pour pouvoir éponger le solde de travail.»

Si une partie des travailleurs reprend le chemin du boulot, l’autre va encore rester à la maison jusqu’à ce que les carnets de commandes se remplissent de nouveau. «On est parti sur une crise qui est faite pour durer. Le maintien de l’emploi sera pour nous la première des priorités. Pour moi, le recours au chômage partiel, qui préserve les places de travail et le savoir-faire dans les branches industrielles, est un signe d’espoir, il montre qu’il existe des perspectives.» Pour l’heure, si le Jura n’enregistre pas de licenciements massifs, le secrétaire syndical sait bien que «la situation reste sous tension». «Mais je pense qu’il existe tout de même des entreprises possédant des moyens financiers, des réserves de guerre qui proviennent des belles années, et il arrive aussi un moment où il appartient aux riches entrepreneurs et à ceux à qui on offre des dividendes de passer à la caisse, c’était d’ailleurs le message de l’Union syndicale jurassienne le 1erMai. La solidarité doit également s’exercer entre les entreprises, les grandes doivent aider les petits sous-traitants, elles ont besoin de leur savoir-faire.»

Le sacrifice des salariés

Pour finir sur cette question du chômage partiel, Patrick Cerf tient à rappeler le sacrifice assumé par les salariés. L’indemnité versée ne couvre en effet que 80% du salaire chômé. «Lorsque vous gagnez moins de 4000 francs ou à peine 4000 francs, ce qui est le cas de beaucoup dans le Jura, que vous avez des enfants à charge et qu’on vous enlève 20% de votre salaire, pour vous en sortir, vous devez pouvoir compter sur votre famille, faute de quoi vous devrez vous adresser aux Cartons du cœur pour manger, souligne le secrétaire syndical. Nous demandons aux entreprises de compenser 100% du salaire et certaines le font, mais cela reste à leur bon vouloir. Notre revendication syndicale est légitime et pleine de bon sens.»