Une sensibilité à fleur de peau

Portrait de France Mattille.
© Thierry Porchet

France Mattille entretient une relation étroite à la nature. Un lien et une inspiration qui se retrouvent dans ses toiles.

Artiste aux peintures vibratoires, France Mattille se bat contre l’implantation de la 5G

C’était la première manifestation de sa vie. Samedi 21 septembre, France Mattille s’est rendue à Berne pour protester contre la 5G, action organisée par l’association Frequencia qui a réuni plus de 3000 personnes pour demander un moratoire national, avec ce message fort: «Contre l’irradiation forcée, pour la liberté de choix». France Mattille, elle, en plus de signer les pétitions nationales et internationales, en a lancé une dans son village de Sonzier, sur les hauteurs de Montreux, après avoir appris que Swisscom souhaitait installer une antenne de 18 mètres de haut à 15 mètres de chez elle. «La politique, ce n’est pas trop mon truc. Mais je suis heureuse que 345 personnes du village et de la région aient signé la pétition qu’on a déjà remise au Conseil communal», explique-t-elle. Une antenne sur les 15000 prévues, censées connecter entre eux jusqu’à un million d’appareils par kilomètre carré, selon Frequencia. Autant de rayonnements qui ont des répercussions sur la santé, à en croire de nombreux spécialistes. Et qui font peur à France Mattille, mère de deux jeunes adultes, dont l’un souffre de nombreuses allergies. «Selon notre nutritionniste, les ondes exacerbent les problèmes intestinaux. Sans compter les soucis d’acouphènes, ou cardiaques… Tant de témoignages montrent que leurs effets sur la santé sont néfastes. Et que dire des effets sur les animaux, notamment les abeilles. La Suisse est tristement en avance avec la 5G, par rapport à tous les autres pays, alors que tant de gens sont contre. Il y a un déni de démocratie. Quand je me dis que plus un seul mètre carré ne pourrait être vide de ces émissions, j’ai l’impression d’être dans un film de science-fiction.»

Le dessin depuis toujours

De nature optimiste, France Mattille reste positive. Malgré les difficultés de l’existence, notamment des problèmes de santé chroniques dans sa famille, elle a toujours su rebondir. «On s’est tourné vers les médecines alternatives. Cela m’a ouverte à d’autres mondes…» raconte-t-elle dans la cuisine de sa maison, héritage de son grand-père maternel, paysan. «Depuis petite, je rêvais de venir vivre ici. J’adore les vieilles pierres.»

Elle se souvient de ses vacances à faire les foins, alors que le lac étincelait à l’horizon et que les piscines des villas lui faisaient de l’œil. «On avait tellement chaud… Alors parfois, on se baignait dans la fontaine à côté de la maison, dit-elle en souriant. J’entends encore le bruit des vaches dans l’étable.» Des étés heureux malgré le labeur, pour l’enfant qui vivait alors à Berolle au pied du Jura, qui a fait ses classes à Morges, puis à Lausanne pour devenir institutrice.

«J’avais le rêve de faire les beaux-arts, mais cela ne semblait pas assez sérieux aux yeux de mon entourage, raconte l’artiste de toujours, devenue autodidacte convaincue. J’ai toujours dessiné, sans jamais prendre de cours de peur d’être formatée.» Elle a développé son art au fil des ans. «Je me souviens d’une vieille maîtresse sévère qui nous avait demandé de dessiner des tournesols. Pendant la leçon, elle m’a dit qu’il ne fallait pas faire comme ça. Je n’en ai fait qu’à ma tête, et elle a admis à la fin que c’était très beau.» Les fleurs, la nature en général, sont restées ses thèmes de prédilection. Mais elle passe surtout du temps à façonner le fond de ses toiles, les textures, les reliefs, les teintes, qu’elle élabore avec ardeur, patience et amour du détail. «Au début, je laisse aller, puis je travaille chaque partie. C’est lent et douloureux, car je dois être hyperconcentrée, et prendre des décisions à chaque détail...»

Transmettre de la joie

Exposée à plusieurs reprises, France Mattille a pourtant une tendance à la discrétion: «Je n’aime pas trop faire de publicité, ni me mettre la pression. Donc, quand je suis prête, je contacte les galeries. Mes expositions sont rares, car je suis lente. Je m’occupe avant tout de ma famille.»

A la recherche de la beauté, partout et surtout dans les détails, la passionnée ne peint que lorsqu’elle va bien. «Je souhaite transmettre de la joie à travers mes peintures. Je médite, je fais du yoga. C’est important de savoir qui je suis, car c’est ce que je transmets aussi dans ma peinture.» Ses toiles vibrent, comme son imagination, ses yeux pétillants ou encore le lac qu’elle voit depuis sa terrasse. «Parfois, on se dirait sur une île grecque avec son bleu turquoise.»

Sa sensibilité à la nature, aux oiseaux, aux détails d’un tronc, aux textures des fleurs, se nourrit de son jardin, de ses marches en montagne, et de ses grands voyages de jeunesse. Fin des années 1970, le road-trip à moto, avec son futur mari, jusqu’au désert du Néguev en Israël, ou encore au Portugal. Suivi d’un tour du monde d’une année, sac au dos, en Transsibérien, en auto-stop à travers l’Asie, puis par avion via l’Australie, Tahiti et les Etats-Unis... «Cela permet d’apprendre à faire confiance, de savoir dormir n’importe où, et de relativiser beaucoup en voyant la pauvreté, et des gens heureux malgré leurs problèmes.» Une leçon qu’elle n’a jamais oubliée.

Pour découvrir les toiles de l’artiste: francemattille.ch

Pour davantage d’informations sur la 5G: frequencia.ch

Portrait de France Mattille