Au cœur du vivant

Portrait de Mélanie Pitteloud.
© Thierry Porchet

La sensibilité à fleur de peau, Mélanie Pitteloud s’enrichit de la nature qui l’entoure.

Réalisatrice valaisanne, Mélanie Pitteloud présente son nouveau film "Femmes et fières". Une rétrospective sur la Grève féministe de 2019 en phase avec son engagement

Entrer chez Mélanie Pitteloud, c’est se glisser à l’intérieur d’un havre de paix. En ce mardi matin, le lieu semble sorti d’un conte. A l’orée de la forêt, au-dessus de la ville de Sion en Valais, se cache La Verne. Un chalet que la famille Pitteloud entretient depuis sept générations. Notre hôte, réalisatrice depuis une dizaine d’années, raconte qu’elle profite souvent de monter ses films dans cet environnement paisible. Un espace de vie qui la ressource. «Je m’enracine en me connectant quotidiennement à tous les esprits de la nature qui vivent autour de moi. Pas un jour ne passe sans que je m’appuie contre un arbre ou que j’écoute le torrent», explique la Valaisanne d’origine, installée au coin du poêle. Et d’ajouter qu’elle a également appris – grâce à un ami guide et aux livres – à reconnaître les plantes sauvages locales. «Je prépare des macérats de bourgeons ou je sèche des feuilles et des fleurs pour faire du thé», raconte la quarantenaire qui, pour s’ancrer, pratique également la méditation et le yoga. Une vie en harmonie avec la nature, qui n’empêche pas la cinéaste de placer les relations sociales au centre de sa démarche artistique. «Le cinéma documentaire est avant tout une aventure humaine. J’aime prendre le temps de rencontrer les personnes que j’interviewe», raconte celle qui privilégie les tournages de longue haleine.

Un cœur chantant

Si le lien entre Mélanie Pitteloud et le cinéma ne fait aucun doute, rien ne la prédestinait à la réalisation. A la sortie de l’école obligatoire, elle effectue une maturité pédagogique à Sion. «J’ai ensuite travaillé trois ans en tant qu’enseignante primaire.» Puis souhaitant élargir ses connaissances, elle se lance dans des études de sciences politiques et d’anthropologie à Lausanne. «J’ai continué à faire des remplacements quand j’étais à l’Université. Ça m’a permis de payer mes études.» Son master en poche, elle est embauchée à l’EPFL et collabore à une revue scientifique. Elle profite alors de suivre des cours du soir de vidéo dispensés par cette structure. «Je m’intéressais déjà à cette discipline, alors je me suis inscrite, par curiosité. Je n’envisageais pas vraiment de faire une carrière artistique à ce moment-là.» Dans le cadre de ce cursus, Mélanie Pitteloud réalise son premier film: un documentaire sur des agriculteurs suisses. «J’ai passé une demi-journée avec chacun d’eux. Après l’un des tournages, qui s’était particulièrement bien passé à Puidoux, je suis entrée dans ma voiture et j’ai senti mon cœur qui chantait», explique-t-elle, des étoiles dans les yeux. La première pierre de l’édifice est alors posée. Après ce premier court métrage, la réalisatrice réduit son temps de travail et, au bout de deux ans, finit par démissionner pour se consacrer entièrement à sa passion. «Je suis partie à Montréal suivre une formation de cinéaste documentaire pendant une année. Le Québec a été une étape essentielle dans mon parcours. J’y ai gagné de la confiance en tant que personne mais aussi en tant que femme.»

Au fil des intuitions

De retour dans nos frontières en 2011, la Valaisanne contacte la réalisatrice suisse Jacqueline Veuve. «Elle m’a prise en tant qu’assistante et coscénariste sur son dernier film Vibrato. J’ai été beaucoup inspirée par cette femme de 80 ans qui avait déjà 65 films à son actif. Elle n’avait rien à envier à personne et elle m’a beaucoup encouragée dans ma carrière», se remémore Mélanie Pitteloud. Elle accompagne ensuite Nicolas Humbert en tant qu’assistante de réalisation sur son film Wild Plants. Puis, en 2017, elle réalise son premier long métrage Dans le lit du Rhône. Un documentaire poétique à la rencontre d’habitants liés au destin du fleuve. «Sa réalisation a duré cinq ans et le tournage une année et demie. J’ai travaillé avec des professionnels hors pair, comme le chef opérateur Denis Jutzeler. J’ai beaucoup appris à leurs côtés.» En 2020, Mélanie Pitteloud présente une nouvelle œuvre L’homme qui fait chanter les pierres. Une création, menée comme à son habitude sur plusieurs années, à la rencontre de son père, l’un des rares «fumistes d’art» (créateur de cheminées artisanales). «Pendant plusieurs années, je l’ai accompagné sur les chantiers. Ce travail a été une forme de miroir pour moi et j’ai découvert l’homme caché derrière mon père», raconte-t-elle en souriant. Et de préciser que son film a été diffusé à Passe-moi les jumelles, une émission de la RTS, et lors des Journées de Soleure.

Focale violette

«Aujourd’hui, je viens de terminer le montage de ma première fiction Graines d’égalité qui sera lancée au Festival des 5 Continents de Martigny le 14 juin prochain. Il s’agit d’une collaboration avec des huitièmes harmos (enfants âgés de 11-12 ans). Nous avons réfléchi ensemble à une histoire sur le thème de l’égalité, puis nous avons fait des castings et finalement tourné les scènes», explique Mélanie Pitteloud qui, à travers ce court métrage, a retrouvé d’une certaine manière son statut d’enseignante. «Revenir dans le milieu scolaire en tant que cinéaste pour travailler à la réalisation d’un récit avec ces jeunes a été très intéressant. La boucle est bouclée!» La passionnée dévoile par ailleurs avec enthousiasme que son autre nouveau court métrage Femmes et fières – une rétrospective sur la Grève féministe de 2019 en Valais – devait sortir le 8 juin à la médiathèque de Sion. Dès le 14 juin, le documentaire y sera visible en boucle et mis à la disposition des intéressés pour des projections publiques. «J’ai suivi la grève féministe de l’intérieur pendant plusieurs mois. J’avais envie de rencontrer ces militantes, de leur donner la parole. Le jour de la grève, j’ai accompagné tout le cortège avec ma caméra. C’était un moment très puissant», confie Mélanie Pitteloud, une réalisatrice sensible, sa caméra toujours inscrite dans une quête de lien avec les autres.

Site de Mélanie Pitteloud: melaniepitteloud.ch