Pandémie, Europe, droits des migrants, retraites…

Les militants d'Unia Neuchâtel durant le Congrès.
© Guillaume Perret

Les militantes et militants d’Unia, ici les Neuchâtelois réunis au Locle, ont débattu et accepté quatre résolutions sur des thèmes d’actualité.

Les délégués au Congrès d’Unia se sont prononcés sur quatre résolutions. Retour sur les discussions qu’elles ont engendrées

La première résolution porte sur la réponse à donner à la pandémie qui, comme l’a souligné Véronique Polito du comité directeur, a touché les personnes aux bas revenus et les femmes. Elle a également rappelé les attaques du Conseil fédéral qui a suspendu les dispositions légales en matière de temps de travail dans la santé et la logistique, et la tentative des parlementaires bourgeois d’ouvrir les magasins les dimanches sous couvert de la crise alors que les bénéfices de Migros, par exemple, ont explosé. Mixaris Gerosa, militante tessinoise, a soutenu que la Suisse s’engage fortement pour contrer la pandémie dans le monde et a proposé d’ajouter à la résolution l’exigence de la libération des brevets. Autre amendement, celui d’une nécessaire redistribution de la richesse du haut vers le bas: «Dans cette pandémie, un pourcent de la population voit ses profits augmenter tandis qu’on demande des sacrifices aux travailleurs au nom de la crise.»

Par 202 voix contre 11 et 25 abstentions, la résolution «Luttons contre la pandémie des écarts sociaux» a été acceptée. Parmi ses revendications, qui constituent un «plan pour la justice sociale et la solidarité»: une compensation à 100% du salaire en cas de RHT jusqu’à 5000 francs de revenu par mois, l’instauration de CCT de force obligatoire dans les secteurs essentiels (soins, commerce de détail, logistique), un plan de relance pour aider les entreprises, notamment de l’hôtellerie-restauration, très affectées par la pandémie, la création d’une contribution de solidarité Covid-19 pour les superriches et une contribution importante de la Suisse au programme des Nations Unies pour éradiquer la pandémie dans les pays les plus pauvres.

Pour une Europe plus sociale

La deuxième résolution concerne les relations de la Suisse avec l’Europe, après l’échec de l’accord-cadre institutionnel. «Lors des négociations, nous avions prévu un outil pour protéger les salaires. Cet outil a été attaqué. Il n’était plus possible d’appliquer le principe d’un salaire égal pour un travail égal sur le même lieu. Nous avons contribué à la mort de cet accord», a expliqué Nico Lutz, responsable de la construction au comité directeur. «La Suisse est au centre de l’Europe, nous avons besoin de l’Europe et nous voulons une Europe plus sociale», a-t-il plaidé, présentant les revendications de la résolution: renforcer le pilier social de la coopération avec l’Union européenne (UE), sécuriser socialement la libre circulation des personnes, coopérer pour une plus grande justice fiscale, et approfondir la collaboration institutionnelle et pratique. Elle préconise aussi que chaque Etat garde le droit de fixer des normes plus exigeantes que celles de l’UE, seul moyen d’«éviter un nivellement par le bas» des salaires. La résolution a été acceptée par 163 voix contre 35 et 37 abstentions, certains estimant qu’elle n’allait pas suffisamment loin.

Mêmes droits pour les migrants précarisés

La troisième résolution, «La pauvreté n’est pas un crime: stabilité de séjour pour les personnes migrantes», a été acceptée par 225 voix, contre 13 et 9 abstentions. Alertant sur la disposition de la Loi sur les étrangers du 1er janvier 2019 qui permet de retirer une autorisation de séjour à un migrant ayant recours à l’aide sociale, Renate Schoch du comité directeur a rappelé que 60% des membres d’Unia n’ont pas le passeport suisse. Plusieurs militants se sont levés pour défendre la résolution qui exige de ne pas pénaliser les migrants. «Le problème n’est pas le virus, mais le capitalisme. Le virus est un nouvel agent», a lancé Diego Parrondo du groupe d’intérêts Migration, revendiquant aussi que l’exigence du droit de vote pour les étrangers soit intégrée à la résolution. «Si nous voulons être forts et lutter pour la classe ouvrière, nous devons avoir le droit de vote. Pour l’instant, nous avons des obligations et aucun droit. Le lieu de naissance ne doit pas avoir de rôle, nous croyons à l’internationalisme. Notre patrie, c’est les travailleurs et les travailleuses. Notre lutte est la lutte pour tous.» Tobias Goldmann est revenu sur le risque de perdre son droit de séjour même si l’on est né en Suisse: «On devrait rentrer dans un pays inconnu parce que nous sommes pauvres? Comment accepter que des migrants qui ont contribué toute leur vie à ce pays en soient exclus? Nous devons refuser l’exportation de la pauvreté.»

Juste après l’adoption de la résolution, Guy Parmelin, invité au Congrès, s’est vanté, ironie de l’histoire, que le Conseil fédéral avait bien géré la crise du coronavirus en indiquant un «point positif»: «Nous avons constaté que l’aide sociale n’a pas augmenté par rapport à 2019.» Une déclaration bien mal à propos lorsque l’on sait que de nombreux migrants renoncent à demander l’aide sociale, vu la menace planant sur leur permis de séjour…

Non à AVS 21 !

La dernière résolution, contre AVS 21, a obtenu un soutien massif des délégués, avec 219 voix pour, 14 contre et 6 abstentions. Une réforme des retraites inacceptable, faite sur le dos des femmes, ont protesté plusieurs délégués, alors qu’Aldo Ferrari, membre sortant du comité directeur, a invité à rechercher d’autres financements, par exemple auprès de la Banque nationale ou des plus riches. L’exigence d’une augmentation des rentes AVS qui n’ont pas bougé depuis 40 ans, a été exprimée, comme le refus catégorique du relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. «Si on augmente cet âge, nous aussi, les hommes nous allons travailler plus longtemps», a soutenu le retraité Köbi Hauri, alors que son collègue Eric Voruz alertait: «Nous devons également nous opposer à l’initiative de la jeunesse dorée du PLR. Après les 65 ans pour les femmes, ce sera les 67 ans pour les femmes et les hommes, sous prétexte de flexibilité.» Marianne Guerne, militante de Transjurane, s’est insurgée: «Si les femmes étaient payées comme les hommes pour un travail égal, il y aurait assez d’argent dans les caisses AVS. Pourquoi les patrons n’arrivent pas à comprendre que les femmes ont la même valeur que les hommes?» Et d’appeler à lutter contre cette nouvelle réforme: «AVS 21: c’est la porte ouverte à la hausse de l’âge de la retraite pour tous!»