Pour éviter le salaire minimum, la Lega crée un syndicat fantoche

Au Tessin, des patrons proches du parti populiste ont signé une convention collective de travail bidon pour payer moins que les 19 francs de l’heure minimums désormais requis dans le canton transalpin

Depuis le 1er décembre dernier, les employeurs tessinois sont tenus d’appliquer le salaire minimum cantonal. Après Neuchâtel, le Jura, Genève et Bâle-Ville, le Tessin est le cinquième canton à introduire cette mesure sociale à la suite d’une initiative des Verts approuvée en votation en 2015. Elle devrait profiter, selon des estimations, à quelque 16000 travailleurs sur environ 235000 salariés que dénombre le canton transalpin. Reste que le Grand Conseil, à majorité de droite, a fixé ce salaire minimum à un niveau très minimal. Il se situe entre 19 et 19,50 francs de l’heure suivant le secteur d’activité, ce qui, sur la base d’une semaine de travail de 42 heures, correspond à un salaire mensuel brut compris entre 3450 et 3550 francs.

Des montants qui n’enthousiasment pas franchement le secrétaire régional d’Unia Tessin et Moesa, Giangiorgio Gargantini: «19 francs de l’heure, c’est largement insuffisant, c’est la raison pour laquelle nous n’avions pas soutenu à l’époque l’initiative. Nous avions critiqué trois aspects du texte: se contentant d’évoquer un salaire qui permette de vivre dignement, il ne déterminait pas le montant du salaire minimum en laissant au parlement le soin de le faire; il proposait, en outre, un salaire différent par secteur; et il prévoyait, enfin, des exceptions en cas de présence d’une convention collective de travail (CCT). Nous étions conscients que cela créerait des difficultés, c’est exactement ce qui est en train de se passer.»

Un comble!

Pour ne pas appliquer le salaire minimum, des patrons proches de la Lega, la Ligue des Tessinois, cherchent en effet à utiliser cette exemption pour les conventions collectives. «La Lega a créé un faux syndicat qui a conclu une fausse CCT avec six entreprises du secteur manufacturier comprenant un salaire horaire de 15 francs, soit 2700 à 2800 francs par mois, dénonce Giangiorgio Gargantini. Nous considérons que ce n’est pas une CCT parce qu’il ne s’agit pas d’un syndicat. Dans le comité directeur de cette entité, on retrouve des députés de la Lega, dont Boris Bignasca, le fils du fondateur de ce parti. Qu’un patron du bâtiment soit un dirigeant d’un syndicat, c’est quand même un comble!» Se présentant comme «l’organisation pour le travail au Tessin», TiSin est domicilié à la même adresse que la Lega. «Ils cherchent visiblement à installer un cadre légal pour exploiter des travailleurs qui ne peuvent être que frontaliers. On ne peut pas vivre en résidant au Tessin avec 15 francs de l’heure, on n’arrive tout simplement pas à payer ses factures. Nous exigeons que l’Etat intervienne et que la loi soit appliquée.» Selon le secrétaire régional, le Canton a promis d’agir. Des décisions pourraient tomber en début d’année prochaine lorsque les premières fiches de paie qui ne respectent pas la nouvelle législation auront été contrôlées. Des centaines de travailleurs sont concernés.

Nouvelle initiative lancée

Pour corriger ces lacunes, le Parti socialiste a lancé une nouvelle initiative soutenue par l’ensemble de la gauche et par Unia. Le texte propose de retirer la dérogation pour les CCT et de fixer le montant du salaire minimum sur la base des prestations sociales. «Selon les calculs du PS, le salaire minimum devrait alors se monter à 21,50 francs de l’heure, indique le syndicaliste. Sur la base d’une semaine de 42 heures, cela donnerait un salaire mensuel de 3900 francs. C’est plus correct que la situation actuelle, même si cela reste insuffisant. Mais il faut rappeler que le Tribunal fédéral a fixé des limites aux salaires minimums cantonaux, ils ne doivent pas dépasser le seuil des prestations sociales.»