Un plébiscite pour l’égalité!

Jamais initiative d’Unia n’avait remporté un tel succès! Avec 88,3% des voix, le texte «Egalité salariale: concrétisons!» a été plébiscité par la population du canton du Jura. Et cela le 13 juin, alors que des milliers de femmes s’apprêtaient à redescendre dans la rue, deux ans après la puissante Grève féministe de 2019. Cette votation est un signal. Non seulement que la colère des femmes a des limites. Et qu’il est plus que temps que l’égalité inscrite depuis 40 ans dans la Constitution fédérale, et depuis un quart de siècle dans la loi, soit respectée. C’est aussi le signal qu’une immense majorité de la population partage l’exigence que le travail des femmes doit être payé à la même valeur que celui des hommes, et que les autorités et le patronat doivent cesser leur politique hypocrite du tout à l’économie.

A l’heure où les inégalités salariales entre hommes et femmes s’accroissent, que celles lors de la retraite sont encore plus fortes, et que la pauvreté avance à grands pas dans les rangs des travailleuses précaires ou des mamans élevant seules leurs enfants, il est temps de prendre des mesures contraignantes pour faire appliquer une loi fédérale pourtant claire: elle interdit sans ambiguïté toute discrimination salariale. Mais une interdiction sans sanction reste lettre morte, pour la grande joie des entreprises.

L’initiative déposée le 8 mars 2018 par Unia Transjurane veut faire avancer les choses. Lors de son lancement, le canton présentait un taux d’inégalité des salaires plus élevé qu’ailleurs en Suisse, de 23% contre 18% environ. Depuis, les inégalités se sont accrues dans le pays, pour se porter à 19%, cela avant la pandémie. Avec le plébiscite de dimanche, le canton du Jura montre qu’il est prêt à agir. Le Gouvernement cantonal s’était déjà mis à l’ouvrage. Il a présenté au Parlement, qui doit encore se prononcer, plusieurs mesures découlant de l’initiative. L’une d’elles élargit l’obligation d’effectuer des analyses des salaires à toutes les entreprises dès 50 employés, alors que la loi fédérale l’impose à partir de 100 collaborateurs. Le Service cantonal de l’économie et de l’emploi vérifiera ces analyses et validera le processus. Autre mesure, l’égalité salariale sera obligatoire pour les bénéficiaires de subventions publiques, élément qui pourrait, dans un second temps, être appliqué aux marchés publics. De plus, chaque personne aura la possibilité de signaler un soupçon de discrimination salariale à la déléguée à l’égalité du canton. Sur cette base, les contrôles du Service de l’emploi seront renforcés. Enfin, le Gouvernement entend promouvoir la signature de la Charte pour l’égalité salariale dans le secteur public auprès des collectivités jurassiennes.

La victoire éblouissante de l’initiative d’Unia Transjurane, quatre jours après un nouvel affront fait aux femmes, sous prétexte d’égalité, par le Conseil national qui a accepté le relèvement de l’âge de leur retraite à 65 ans, et un jour avant la nouvelle mobilisation de la Grève féministe du 14 juin, doit être le levier pour un changement dans un pays qui se targue de ses richesses, mais se complaît à discriminer les femmes sur les lieux de travail, aussi bien en matière salariale que sur d’autres aspects. Comme partout, le profit guide les puissants et les autorités, alors que l’égalité de traitement devrait aller de soi, comme le prouve le vote de dimanche. Une égalité qui permettrait de résoudre nombre de problèmes, notamment celui d’assurer des revenus suffisants à l’AVS et de combler les indécents écarts de rente, mais aussi de donner aux femmes des moyens d’existence et d’émancipation à la hauteur de la valeur considérable de leur travail.