Affaire d’équilibre

Sun Hye Hur
© Thierry Porchet / Archives

Dans le pays d’origine de Sun Hye Hur, son prénom signifie «celle qui donne de la gentillesse».

Ex-danseuse professionnelle, la Coréenne Sun Hye Hur s’est reconvertie dans les massages et la médecine chinoise. De la pointe des pieds à celle des aiguilles

Enfant, elle voulait être soldat, influencée par la profession de son père qui travaillait dans l’armée et alors qu’elle était entourée de militaires. Elle a pensé ensuite devenir policière et même... ministre, évoluant dans un monde accordant une place prépondérante à la hiérarchie. Etonnante confidence de cette femme gracieuse qui consacrera finalement plus de trente ans de sa vie à la danse contemporaine. Une passion que se découvre Sun Hye Hur au contact d’une copine de lycée, à l’âge de 14 ans, et qui ne la quittera plus. Etudiant à l’Université de Busan, ville portuaire de Corée du Sud, elle poursuit sa formation artistique en France, épaulée par sa professeure qui compte de la famille dans la capitale. «A 24 ans, je suis partie à Paris pour un stage de trois mois. Une totale libération. Des semaines estivales intenses qui ont changé ma vie», raconte Sun Hye Hur, 48 ans, des étoiles plein les yeux à l’évocation de ce souvenir. Et de se remémorer la Ville Lumière et ses bâtiments emblématiques. La diversité des cours. Les virées romantiques à vélo au bord de la Seine. Les soirées dansantes. Le marché vivant et coloré proche de son lieu de résidence. Ou encore ces ciels baignés d’une lumière jouant tard les prolongations contrairement à ceux de sa patrie. Un dépaysement complet et enchanteur. «J’ai grandi dans un pays très traditionnel, basé sur la famille, le respect de l’autorité, des codes... Positif mais aussi générateur d’une grande pression. Et rigide en matière d’expression corporelle.» 

La vie est rencontres

De retour à Busan, Sun Hye Hur continue sur sa lancée artistique tout en nourrissant le rêve de repartir en France. Douze mois plus tard, toujours grâce à l’aide de sa professeure, elle boucle ses valises pour Montpellier où elle rejoint la compagnie de J. Taffanel trois ans durant et apprend la langue de Molière. «J’ai souffert. Au début, je ne comprenais rien. Le français me semblait comme un bruit de fonds inintelligible», avoue la quadragénaire qui a conservé un joli accent, mangeant parfois au passage quelques lettres. De quoi renforcer le charme de l’immigrée dont la douceur n’empêche pas un caractère bien trempé, aiguisé à la force de sa passion agissant comme un puissant moteur dans sa trajectoire. L’artiste poursuit ainsi sa carrière dans l’Hexagone en indépendante, basée à Paris tout en partant régulièrement en tournée. Elle participe entre autres à des créations de Philippe Jamet et Luc Petton. Travaille avec le chorégraphe vaudois Philippe Saire et le performer Massimo Furlan. Et effectue dans ce contexte plusieurs séjours en Suisse avant de s’installer définitivement en 2005 à Lausanne où réside son futur mari. «La vie n’est que rencontres», souffle-t-elle. Aujourd’hui divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Sun Hye Hur a, depuis, renoncé à la danse. Une hernie discale et son rôle de maman ont eu raison de sa promesse... 

Performance d’un autre genre

«Je m’étais juré de mourir sur scène. Dans mon pays, l’âge n’entre pas en considération. Mais je souffrais trop physiquement et l’arrivée de mon enfant a changé la vie», explique Sun Hye Hur qui garde néanmoins, avec la discipline abandonnée il y a huit ans, un lien privilégié. «La danse, c’est la marche, la respiration, la pleine conscience. Le rythme. L’expression de l’âme par le mouvement. La découverte de soi. L’énergie. Je continue à danser dans mon salon, dans la rue, à travers ma nouvelle profession», affirme la passionnée reconvertie dans un métier en adéquation avec sa vocation première, le corps et la rencontre avec les autres demeurant le matériau premier dans sa démarche. Et si hier les spectacles lui offraient un échange avec le public, la thérapeute conserve cette part relationnelle. «Le contact est désormais plus direct. Je soigne les personnes. Comme une petite performance.» Formée à la médecine traditionnelle chinoise (acupuncture et massages Tui Na) – proche de ses racines – la thérapeute diplômée s’enthousiasme pour ces domaines qu’elle continue à étudier. 

Un sourire dans le cœur

«On n’a jamais fini d’apprendre dans ces branches où la spiritualité occupe une place capitale... Mon rêve? J’aimerais que chaque personne que je traite guérisse immédiatement», lance-t-elle en riant. Entre candeur et assurance révélant un tempérament de battante. Et avec une joie et un dynamisme qu’elle dit avoir hérités de ses parents. «Je les remercie. Grâce à eux, je suis solide. Un ballon bien gonflé qui a la capacité de rebondir. J’ai de la marge», déclare-t-elle encore tout en relevant pouvoir compter sur ses amis et avoir de la chance. «J’invite d’ailleurs mon entourage à rester à mes côtés pour en profiter...» Une approche optimiste de l’existence pour celle qui associe le bonheur à «un sourire dans le cœur». Ne s’énerve jamais ou presque – «C’est arrivé trois fois dans ma vie, la colère est inutile.» Et ne connaît que rarement la peur, sauf peut-être celle de quitter prématurément ce monde depuis qu’elle est mère. «Mais j’ai travaillé sur ce point. Maintenant ça va.» 

Pour se ressourcer, Sun Hye Hur compte sur le sommeil. «J’aime dormir. Rêver. J’ai alors le sentiment qu’un ange me protège. Et me soigne quand je vais mal.» Celui-là même qui lui a greffé des ailes de danseuse et suggéré sa nouvelle vocation? Qui a inspiré l’astrologue dans le choix de son prénom signifiant «celle qui donne de la gentillesse»? Ou qui lui souffle, enjoué, ce commentaire: «Je ne danse plus devant le public, mais c’est toujours moi. Juste un peu plus évoluée. Et toujours une enfant...»?

Sun Hye Hur