De l’atelier à la scène

portrait homme souriant
© Thierry Porchet

Vincent Rime apprécie tous les rôles, mais il aime particulièrement jouer les méchants, même si ces «costumes» tranchent avec sa nature profonde.

Comédien professionnel, Vincent Rime s’épanouit dans son art tout en trouvant aussi son équilibre dans le travail manuel

Vingt ans de scène. Une certaine longévité dans le domaine et toujours le même enthousiasme. Le plaisir intact que ressent le comédien à se glisser dans la peau de toutes sortes de personnages. La joie que lui procure la synergie d’une troupe, le jeu des répliques, les rencontres. Vincent Rime est un homme heureux. Parce qu’il vit de sa passion et s’en émerveille encore. Parce qu’il peut compter sur ses proches. Parce qu’il habite avec son épouse et ses deux filles de 9 et 11 ans en Gruyère, la terre de ses racines, à proximité de ses parents et de ses amis. Cette situation s’est construite au fil du temps. A force de travail et de constance. A travers la fidélisation de metteurs en scène. Et aussi grâce à des conditions favorables, la femme de Vincent Rime participant à faire bouillir la marmite. Le parcours du comédien de 46 ans débute dans l’enfance. Vincent Rime grandit dans un milieu ouvert au théâtre. Son père joue dans une troupe amateur, son oncle gagne sa vie comme comédien. A 14 ans, l’adolescent interprète son premier rôle important, celui d’un page dans la pièce de Jean l’Eclopé. Ce spectacle sera présenté tout un été. Le jeune Vincent exulte: les échanges avec les autres acteurs, la lumière des projecteurs, l’ambiance générale... l’ensorcèlent. Et l’envie d’en faire un métier se précise. Mais si ses parents ne le découragent pas, ils l’invitent néanmoins à se doter au préalable d’un bagage professionnel plus sûr.

L’amour de la mécanique

«Je leur suis encore reconnaissants aujourd’hui», exprime Vincent Rime qui, écoutant leurs conseils, devient ingénieur en mécanique. Il travaille ensuite quelques années pour une entreprise de fabrication et de fourniture de machines, dans la région lausannoise. Un métier qu’il apprécie, mais sa passion pour les planches le rattrape. A l’âge de 27 ans, le salarié démissionne après avoir été admis à l’Ecole de théâtre Serge Martin à Genève. En 2007, diplôme en poche, l’homme se lance et enchaîne les rôles. Les périodes creuses, il loue ses bras sur des chantiers, employé comme monteur-électricien. «Ça me plaisait beaucoup. J’aime le travail manuel, son aspect concret, mais j’étais aussi content quand il prenait fin.» Ses aptitudes plurielles serviront aussi le comédien lors de la construction de la maison familiale à Epagny. «Je l’ai bâtie avec un ami», indique Vincent Rime, qui consacre son temps libre à bricoler et à fabriquer plein d’objets différents. Une activité qui le ressource. «Je suis en train de réaliser un paddle en bois», poursuit le sportif – aussi amateur de VTT et de grimpe – mettant parfois également ses talents d’artisan au service de la création de décors pour le théâtre. «Ma passion première reste toutefois le jeu. Jouer, c’est transmettre une parole et des émotions de la manière la plus sincère possible. Mon ressenti sur scène? A l’appréhension succèdent la force d’une présence instantanée et le plaisir», affirme Vincent Rime qui, depuis ses débuts dans la carrière, n’a jamais connu de (trop) longues durées sans projets théâtraux. Pas de quoi pourtant libérer cet optimiste du vertige du doute.

Costumes pluriels

«Le doute s’invite aux changements de rythme, lors de temps morts, mais aussi quand il y a trop de travail, quand je suis obligé de m’absenter longuement de la maison. C’est particulier. On se donne à cent pour cent pendant deux mois, puis tout s’arrête.» De pause, il n’en est aujourd’hui pas question. L’homme répète une pièce mettant en scène deux inconnus assis sur un banc public qui lient conversation. Aux sujets de discussion banals succède un dialogue de plus en plus intime. Vincent Rime interprétera aussi le personnage du Joker du titre homonyme d’un spectacle où il est notamment question de zombies et, symboliquement, des peurs qui gangrènent les sociétés. Il se produit par ailleurs régulièrement dans des pièces pour les plus jeunes. «Les enfants sont cash, sans codes, rient sans contrôle. De superbes moments», note cet éclectique, qui compte également quelques films à son actif et s’investit à fond dans tout ce qu’il entreprend. «Tous les rôles m’intéressent. Mais plus que ceux de jeunes premiers, j’aime bien jouer les salauds qui ont souvent davantage de relief.» Un dernier «costume» qui tranche avec la personnalité douce et conciliante de Vincent Rime, même s’il lui arrive de se mettre en colère. «Je peux me montrer soupe au lait, mais ça me passe très vite», nuance le quadragénaire qui, d’une grande sociabilité – «mon atout» –, apprécie par-dessus tout les contacts et les rencontres. Son métier, dans ce sens, lui offre nombre d’occasions d’échanger avec ses pairs et les spectateurs, de partager des émotions, aussitôt le rideau retombé. Et en gardant constamment en tête que le public «tient le rôle principal, qu’une pièce réussie implique un plaisir réciproque». «On joue pour lui», insiste le chaleureux et sympathique comédien, guère séduit par les théâtres trop élitistes.

Rêve de Molière

Au chapitre d’expériences professionnelles marquantes, Vincent Rime se rappelle, sourire aux lèvres, d’une farce tragique, Les sept Jours de Simon Labrosse. Il incarnait alors un chômeur qui, cherchant désespérément à s’en sortir en une semaine chrono pour payer son loyer, inventait d’invraisemblables métiers comme celui de flatteur d’ego ou de finisseur de phrases... Douze hommes en colère – l’histoire d’un procès au rebondissement inattendu – lui laisse également un excellent souvenir, «tant pour l’équipe que pour l’intrigue». Une pièce à laquelle a participé son oncle. Vincent Rime serait d’ailleurs ravi de créer un spectacle uniquement avec des personnes de sa famille, qui compte plusieurs artistes. Dans un autre registre, il rêve de jouer du Molière, séduit par «la beauté, la drôlerie, la rythmique» de ses textes en alexandrins. «Une contrainte magnifique pour les rendre naturels», commente-t-il. Mais avec son riche parcours et un nom comme le sien, le défi promet d’être à sa portée...

Prochains spectacles, voir sur: vincentrime.ch