La trouille ne se commande pas

L’Italie, le pays européen le plus touché par la pandémie, a demandé l’aide de l’Europe. Pas de réponse. Elle s’est tournée vers la Chine qui a répondu immédiatement. Le 12 mars sont arrivés 21 tonnes de matériel médical, masques et respirateurs, ainsi qu’un groupe de médecins. La Russie a aussitôt fait de même. Le gouvernement de la région lombarde a demandé à Cuba une aide complémentaire. Miguel Diaz-Canel, le président cubain dont on n’entend pas parler, a envoyé le 22 mars, 37 médecins et 15 infirmières pour travailler dans la province de Crémone.

Contre ce coronavirus, les médecins cubains sont engagés en Italie, en Haïti, en Jamaïque, à la Grenade, au Surinam, au Venezuela, au Nicaragua et encore dans sept autres petits pays. De plus, les Cubains ont accepté, dans un de leurs ports, près de la Havane, un bateau de croisière britannique, le MS Braemar avec cinq personnes atteintes du virus, alors qu’aucun autre port des Bahamas ou de la Barbade n’en a voulu.

L’ancien président du groupe socialiste des Chambres fédérales, le médecin oncologue Franco Cavalli, affirme qu’il recevrait volontiers des médecins cubains dans son canton parce que le personnel médical est épuisé.

Ce sont surtout les pays soumis au blocus économique américain avec la complicité des Européens et des Suisses, qui paient le plus lourd tribut au coronavirus: Iran, Syrie, Palestine, Corée du Nord, Venezuela et Cuba. Les entreprises d’exportation n’osent pas leur fournir les produits indispensables de peur des représailles de Donald Trump. Les USA sont en guerre continuelle contre ceux qui ne s’alignent pas.

Une information qui m’est adressée par Michel Fleury d’Yverdon-les-Bains, président de l’association d’amitié Suisse-Cuba, m’informe que Cuba a honoré 600000 missions internationales dans 164 pays, soit 1,7 milliard d’examens médicaux, 12,5 millions d’opérations chirurgicales, autant de vaccinations. Total: 6253000 personnes ont eu la vie sauve. En 2018, 36000 Cubains et Cubaines dont 18000 médecins ont œuvré à travers le monde. Je me souviens de notre guide à Cuba. Elle nous disait sa colère parce que son mari, professeur de médecine, ne recevait qu’un salaire égal à trois fois celui du concierge de l’université et la nécessité, pour elle, de faire son travail de guide…

Je crois avoir vu un article dans 24 heures qui faisait allusion à ces arrivées en Italie. J’ai aussi vu une furtive photo au TJ. Pourtant, dès que l’on évoque cet engagement extraordinaire d’un pays qui vit dans la pauvreté due à 59 ans de blocus sévère, on en limite tout de suite la valeur. Ce n’est que de la propagande. Nos médias qui parlent à pleines pages de cette pandémie ne semblent étonnamment pas informés. Ont-ils si peur des sanctions de l’oncle Sam?

Pierre Aguet, Vevey