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Salaires sous pression…

Cette fois, le discours ne vient pas des rangs syndicaux. Mais de ceux de la finance: le pouvoir d’achat est sous pression et, en 2024, il baissera si l’on tient compte de la hausse des primes d’assurance maladie. Ces dernières n’étant pas intégrées à l’indice suisse des prix à la consommation. C’est l’«éminente» UBS qui le dit. D’après son sondage annuel sur la croissance des salaires, organisé auprès de 389 entreprises couvrant 22 branches et représentant environ 90% de la population active, l’augmentation moyenne des rémunérations sera de 1,9% en 2024. Une majoration qui peinera à couvrir l’inflation attendue de 2% l’an prochain. Dans quinze secteurs passés en revue, comme la chimie, l’horlogerie, la métallurgie, les équipements électriques ou encore les matériaux de construction, le relèvement salarial devrait être de 2%. Seule l’hôtellerie-restauration, avec une indexation atteignant 2,8%, se distingue par une évolution qui résulte de la reprise post-épidémie. Dans les services publics, où certaines luttes sont encore en cours pour une pleine compensation du renchérissement, les hausses prévues sont également supérieures à la moyenne avec 2,2%. Au bas de l’échelle se trouvent le commerce de gros et l’alimentation avec 1,5%. Et les médias où seul 1% sera octroyé dans cette branche sinistrée pour les emplois et non pour les actionnaires... Mais ça, ce n’est pas UBS qui le dit. Au final, ces bonifications salariales seront insuffisantes pour couvrir l’inflation et la hausse des primes, cette dernière grevant le revenu disponible des travailleuses et des travailleurs de 0,5%.

Malgré la stagnation des salaires réels et la baisse du pouvoir d’achat, l’UBS reste confiante: ses économistes prévoient pour l’an prochain «une évolution moyenne de la consommation suisse». Ils expliquent que beaucoup de ménages iront puiser dans leur épargne pour «amortir» la charge des primes maladie, du loyer et du prix de l’électricité. La grande banque helvétique remarque tout de même que les groupes à faibles revenus ne disposent que de peu d’épargne ou d’aucunes économies. Mais pas de souci à se faire. Comme le révèle le sondage, leurs rémunérations devraient augmenter plus que la moyenne… Une affirmation lapidaire, lorsque l’on sait que les maigres hausses suffiront à peine à contrebalancer l’explosion des prix de la nourriture et des produits de première nécessité.

On est encore loin d’une revalorisation générale des revenus, permettant de compenser les pertes de salaires réels subies ces dernières années. A l’aube des négociations salariales, l’Union syndicale suisse revendiquait une augmentation totale de 5%. Mais les employeurs s’y refusent. Ils prétextent un possible ralentissement de la conjoncture pour ne pas s’aventurer à payer leurs salariés à la juste valeur de leur travail. Cela malgré l’existence d’une forte pénurie de main-d’œuvre, qui pourrait encore s’accroître avec l’arrivée des babyboomers à la retraite…

Comme le dit UBS, le pouvoir d’achat est sous pression. Les salaires le sont aussi et risquent de l’être davantage à l’avenir si les projets du Conseil fédéral en matière de négociations avec l’Union européenne se concrétisent. Les syndicats ont tiré la sonnette d’alarme la semaine dernière: les mesures de protection contre la sous-enchère salariale et sociale sont en danger. Alors que les problèmes de dumping et d’exploitation de travailleurs détachés demeurent, il est central de défendre tous les acquis permettant de protéger efficacement les conditions de travail dans notre pays.