Pour un paiement du chômage partiel à 100%

L’Union syndicale suisse a récemment proposé une série de moyens propres à atténuer les effets de la crise économique liée au Covid-19. Lignes maîtresses

Eviter les licenciements et maintenir le pouvoir d’achat: voilà les deux axes prioritaires défendus par l’Union syndicale suisse (USS). La faîtière a récemment fait une analyse de la situation des travailleurs, qualifiée de tendue, et a proposé plusieurs solutions propres à atténuer les effets de la crise liée à la pandémie de coronavirus. En dépit de la levée de restrictions relatives à différentes branches d’activité, l’organisation a exprimé son inquiétude quant à la persistance de problèmes économiques et cela malgré les mesures prises par les autorités. Difficultés exacerbées par une conjoncture mondiale et un tourisme affaiblis pour une Suisse tournée vers l’exportation. Sans oublier, en dépit d’une reprise de la vie publique et sociale, une certaine méfiance des consommateurs qui ont changé de comportement, fréquentant moins les trains, les restaurants, etc.

Des pertes difficilement supportables

«La garantie des salaires mise en place par le Conseil fédéral, en particulier l’extension du chômage partiel, a évité une catastrophe à l’américaine sur le marché du travail. Pourtant, le chômage augmente en Suisse dans une proportion inédite», a souligné l’USS dans un communiqué du 25 mai. Selon cette dernière, en mars et avril, la hausse s’est élevée à 40%. Parmi les personnes les plus touchées, les 55-64 ans, qui peineront particulièrement à retrouver un emploi. La faîtière syndicale précise encore que la crise frappe plus durement les faibles revenus, en particulier dans les domaines de l’hôtellerie-restauration ou de la culture, qui ont le plus connu le chômage partiel et le chômage tout court. «Les pertes de salaires de 20 à 30% qui en résultent pour les personnes concernées sont difficilement supportables.» Dans ce contexte, l’USS propose que l’assurance chômage – mais aussi les entreprises qui en ont les moyens – paient pour les bas et moyens revenus les salaires à 100% lors de réduction d’horaire du travail (RHT). L’organisation estime aussi que les primes de l’assurance maladie devraient être réduites, soit par des subsides supplémentaires, soit par une diminution des réserves des caisses. Et met en garde contre le mécanisme «dangereux» du frein à l’endettement, «cause potentielle de chômage de masse».

Mesures supplémentaires réclamées

Un amortissement des dépenses liées au Covid-19 en six ans conduirait la Suisse, note l’USS, dans une récession de longue durée. «Il doit être considéré comme normal qu’il puisse y avoir des déficits budgétaires en période de crise. Ils ne peuvent donc pas servir de prétexte pour réduire les dépenses.»

La faîtière syndicale s’oppose par ailleurs à toute charge additionnelle pour les salariés. «L’assurance chômage a encore besoin de moyens supplémentaires de la Confédération. Recourir à l’inverse à des augmentations de cotisations pèserait sur le pouvoir d’achat et aggraverait la crise.» Afin d’assurer l’avenir, l’USS souhaite encore une prolongation du chômage partiel à dix ou huit mois, afin «de donner plus de sécurité aux jeunes et aux salariés en fin de carrière, qui sont les plus touchés». Dans ce contexte, la prestation transitoire ou rente-pont s’avère plus que jamais nécessaire. Enfin, l’organisation plaide pour des mesures conjoncturelles supplémentaires dans le but de prévenir une grave récession. Et demande à ce que les partenaires sociaux soient associés à leur élaboration dans un groupe de travail.

Une reprise économique, oui, mais pas sans renforcer le service public

La crise sanitaire que nous vivons nous l’a prouvé une nouvelle fois: le service public joue un rôle crucial dans notre société et, sans lui, nous n’aurions pas pu faire face à la pandémie de la même manière. Pourtant, de nombreux secteurs ressortent affaiblis de cette période, du point de vue de leurs finances, de leur organisation ou de la situation des travailleurs. Pour l’Union syndicale suisse (USS), qui a réuni les médias le 5 juin, renforcer ce service public «n’est pas une option», mais une nécessité fondamentale, afin de soutenir la reprise économique. «Face à l’urgence et à la situation exceptionnelle, seule une organisation qui ne repose pas sur la concurrence, mais sur la coordination, est à même de réagir dans le sens de l’intérêt public.» Cela vaut pour la santé mais aussi pour les transports publics, la logistique, l’accueil de jour ou encore les médias. Afin de renforcer les ressources financières dont tous ces secteurs disposent, la faîtière syndicale a émis plusieurs revendications.

D’abord, elle demande qu’on renonce à toute forme de programme d’économies, d’austérité ou de licenciement, sans quoi, l’approvisionnement de base de la population pourrait se retrouver en péril si une nouvelle crise survenait. Ensuite, l’USS plaide pour une compensation rapide et complète des pertes et des difficultés engendrées par la période de crise pour favoriser la reprise économique, que ce soit dans les transports, les soins, l’accueil des enfants ou la culture. Par ailleurs, elle exige la revalorisation des professionnels. «Les salariés de la santé ou de l’accueil des enfants doivent voir leurs compétences mieux reconnues, au-delà des applaudissements», appelle la faîtière dans son communiqué de presse. Enfin, les syndicats nationaux demandent un renforcement de la coopération plutôt que de la concurrence, ainsi que des mécanismes de financement stables. «Il faut désormais miser sur de meilleurs incitatifs et garantir le financement des tâches essentielles pour rendre le service public plus résistant encore – par exemple en vue d’une prochaine crise.» MT