Unia monte à Paris défendre les livreurs de DPD

Syndicalistes d'Unia et syndicalistes français devant le siège de GeoPost à Paris.
© Unia

Epaulé par des syndicalistes français, Unia a dénoncé devant le siège de GeoPost, filiale de la poste française et maison mère de DPD, les conditions de travail des chauffeurs de l’entreprise de livraison de colis.

Avec la CGT et SUD, le syndicat a manifesté devant le siège de GeoPost, la maison mère de la société de logistique

Avec une vingtaine de syndicalistes de la CGT et de SUD, Unia a protesté le 1er mars devant le siège de GeoPost, filiale de la poste française et maison mère de DPD, sis dans la région parisienne. La semaine précédente, au cours d’une conférence de presse, Unia avait dénoncé les conditions de travail «misérables» des livreurs de DPD en Suisse dans un rapport fondé sur les témoignages de 200 employés. Journées à rallonge, heures travaillées non payées, retenues abusives, surveillance constante, stress énorme… La liste des griefs à l’encontre du numéro 2 de la livraison en Suisse est longue comme le bras.

A Paris, Unia a remis à GeoPost son rapport explosif et a exigé, avec les syndicats français CGT et SUD, la mise en œuvre de l’accord conclu en 2017 entre le géant du colis et Uni Global Union, l’internationale syndicale des services. Selon cet accord, signé par le président de GeoPost, Paul-Marie Chavanne, le groupe de logistique et toutes ses entités s’engagent à respecter les droits syndicaux fixés par les conventions de l’Organisation internationale du travail et les principes directeurs des Nations Unies, notamment en ne faisant pas obstacle à la représentation syndicale, à favoriser le dialogue social ou encore à respecter les lois sur le travail. «Il n’est pas du tout appliqué en Suisse, indique Roman Künzler, responsable de la branche transport et logistique d’Unia. Depuis une dizaine de mois, je demande à entrer en discussion avec DPD, mais le management refuse de négocier. Pourtant, selon l’accord, ce n’est pas à l’employeur de choisir son interlocuteur, ce sont les travailleurs qui ont le droit de s’affilier au syndicat de leur choix. Unia chez DPD, ce sont six collectifs de travailleurs dans les dépôts avec des délégués élus dans un comité national. DPD prive donc les travailleurs de leur droit démocratique de défendre leurs intérêts. A l’instar d’Uber, il semble que cela soit inhérent à son système.»

«Cette affaire révèle les dérives des multinationales françaises à l’étranger et exige qu’on leur rappelle leur responsabilité en tant que donneurs d’ordres», a dit au quotidien L’Humanité Hervé Tellier, membre de la direction de la branche postale de la CGT.

«Nous détenons des documents»

Interrogé par L’Evénement syndical, DPD Suisse a assuré respecter les dispositions contenues dans la Convention collective de travail (CCT) KEP & Mail. «Cette CCT est échue depuis le 1er janvier, elle a été résiliée par Syndicom. Unia a demandé à participer aux négociations pour son renouvellement, mais la faîtière patronale a refusé, elle ne veut pas non plus d’un syndicat qui dispose d’une base auprès des travailleurs dans la branche. Unia est en effet le premier syndicat dans le secteur privé de la logistique», explique Roman Künzler.

DPD s’est également défendu d’utiliser son système de traçage des colis, Predict, pour enregistrer le temps de travail chez ses sous-traitants. «Grâce à Predict, DPD peut tout savoir de la tournée d’un livreur, conteste le responsable de la branche. Je peux le prouver, nous détenons des documents. Predict ne trace cependant qu’une partie de la journée des travailleurs. Avant d’allumer le système, ils doivent en effet charger leur camion et, le soir, l’éteignent avant de nettoyer le véhicule. Mais Predict peut donner une bonne indication du temps de travail réellement effectué. Nous conseillons d’ailleurs aux chauffeurs qui vont aux Prud’hommes de demander ces données. Selon nous, ces informations appartiennent aux travailleurs.»

«Le conflit va prendre de l’amplitude»

A Paris, les syndicalistes ont pu rencontrer un membre du conseil d’administration de GeoPost. En Suisse, de nouvelles actions sont d’ores et déjà projetées, mais, selon Roman Künzler, «tout dépend encore de l’entreprise». «Si DPD accepte de s’asseoir autour de la table pour trouver des solutions avec les travailleurs, nous entamerons des négociations. Dans le cas contraire, le conflit social va gagner en amplitude et se durcir. Nous pourrons nous appuyer sur la solidarité de la population et des acteurs politiques. Depuis notre conférence de presse, les chauffeurs sont vus différemment. Ils ont reçu des mots d’encouragement et touché des pourboires. Cela les renforce dans leur détermination de lutter pour leur dignité. Ils croyaient qu’ils étaient seuls et que personne ne s’intéressait à eux, qu’ils n’avaient aucun droit, là ils se rendent compte que les choses peuvent changer.»