«C’est un désastre»

Manuel Wyss dénonce une restructuration clairement motivée par la volonté d’optimaliser les profits et l’inaction du gouvernement.
© Neil Labrador

General Electric a confirmé la suppression de 1200 postes de travail en Suisse. Unia demande une nouvelle fois aux autorités d’en tirer les leçons

«C’est un désastre! Il faut penser à toutes ces personnes qui perdent leur travail. Mais aussi à la débâcle de la place industrielle suisse.» Responsable de la branche de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) à Unia, Manuel Wyss ne cache pas son amertume à la suite de la confirmation, le 15 juin dernier, de la suppression de 1200 postes à General Electric. Le géant américain – qui a prévu de liquider 12000 postes de travail au plan mondial – n’est en effet entré que partiellement en matière sur les alternatives des commissions du personnel. Epaulées par les syndicats, celles-ci avaient fait différentes propositions espérant atténuer le nombre de licenciements. Au terme d’une procédure de consultation qui a duré plusieurs mois, l’entreprise a maintenu sa décision. Les sites argoviens de Baden, Birr et Oberentfelden se verront respectivement amputés de 920, 230 et 50 places de travail. «Le groupe parle d’environ 700 licenciements mais biffe beaucoup plus de postes via des “départs volontaires” et des retraites anticipées. Il a tout de même été possible de réduire les projets de démantèlement initiaux et de sauver quelque 200 places», note encore Manuel Wyss, tout en déplorant une restructuration clairement motivée par la volonté d’optimaliser les profits à court terme pour les actionnaires. De son côté, General Electric se justifie par une estimation très pessimiste de l’évolution du marché. Argument qualifié de douteux par le syndicat...

Reconversion manquée

Si la branche connaît une pression sur les prix et une concurrence accrue, en particulier chinoise, Manuel Wyss évoque surtout une «décision stratégique». Non sans aussi relever que l’entreprise a raté, par le passé, sa reconversion écologique et le tournant énergétique, faisant payer les pots cassés aux employés. «Le groupe se prive maintenant de la base nécessaire pour être à l’avenir concurrentiel dans le secteur de l’électricité. Il va perdre beaucoup de savoir-faire. Une situation dangereuse.» Un commentaire que le responsable d’Unia temporise toutefois. «La société va transférer les activités du site d’Oberentfelden à Birr, où toute la production sera concentrée, et investir 40 millions de dollars. Un signe positif. Mais on ne peut être sûr de rien...»

Pour le collaborateur d’Unia, la suppression de 1200 postes, alors que 900 avaient déjà passé à la trappe à la mi-janvier 2016, aurait peut-être aussi pu être évitée ou atténuée si le Conseil fédéral s’était engagé dans le domaine, et plus précisément le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann. «Déjà lors du rachat d’Alstom par General Electric, Unia avait prévenu que, sans une politique industrielle volontariste, des emplois seraient menacés. Nous avions raison, mais rien n’a été fait. Aucun engagement contraignant n’a été demandé à General Electric pour assurer la production en Suisse. La politique est donc en partie responsable de la débâcle de la place industrielle.» Et Manuel Wyss de préciser que différents pays de l’Union européenne agissent, de leur côté, dans cette direction. «L’ex-président français François Hollande avait, par exemple, soutenu le rachat à la condition que l’entreprise crée un millier de postes de travail.»

Rectifier le tir

Pour Manuel Wyss, il ne s’agit pas de se montrer nationalistes mais de protéger des emplois. Une motion dans ce sens a été déposée par le conseiller national Corrado Pardini intitulée «Instituer une entité chargée de mettre en place un développement industriel de la Suisse qui soit à la fois souverain et respectueux du développement durable». Cette dernière demande la création d’une instance chargée d’autoriser ou non les reprises et les fusions d’entreprises dans lesquelles sont investis des capitaux étrangers sous la forme d’une participation. «Elle devrait analyser en profondeur les risques et les avantages de telles opérations afin de prévenir les menaces de désindustrialisation, licenciements collectifs, fermetures, externalisations, etc.» Après le rejet de la motion par le Conseil fédéral, le Parlement a maintenant, estime Unia, l’occasion de tirer les leçons du cas de General Electric et de rectifier le tir.