Des femmes de ménage en grève devant une banque genevoise

banderole: nettoyeuses en colère
© Neil Labrador

Licenciées par Orgapropre, sans plan social, les nettoyeuses se battent pour être réengagées par le repreneur du contrat avec l’UBP, Cleaning Service.

Une quinzaine de nettoyeuses d’Orgapropre tiennent depuis deux semaines un piquet de grève à l’entrée de l’Union bancaire privée

Société genevoise de nettoyage, Orgapropre a licencié 37 personnes, en majorité des femmes, après avoir perdu un contrat de prestations avec l’Union bancaire privée (UBP). Soutenues par le syndicat Sit, une quinzaine de nettoyeuses organisent un piquet de grève quotidien devant la banque à la rue du Rhône durant leur horaire de travail, soit de 18h à 20h. Ne bénéficiant d’aucun plan social, elles exigent d’être réengagées par le repreneur, Cleaning Service. «On est ré-vol-té! martèle Thierry Horner, secrétaire syndical du Sit. Ces femmes, qui gagnent 19,60 francs de l’heure pour deux heures de travail par jour, sont victimes d’une injustice crasse. Cela fait deux mois que nous demandons l’ouverture de négociations. Orgapropre refuse de se rendre aux séances convoquées par l’Office cantonal de l’emploi.» La société se vante pourtant sur son site d’être une entreprise «responsable» et de travailler pour les collectivités publiques. Son directeur Pascal Masson est membre du comité de la faitière patronale, l’Agens, mais il est actuellement aux abonnés absents, en voyage en Thaïlande selon le Sit. «On ne reste pas en vacances lorsqu’il y a une grève dans sa propre boîte!» s’indigne Manuela Cattani, cosecrétaire générale du Sit. Sollicitée, la banque est de son côté intervenue auprès du repreneur, mais a refusé pour l’heure de mettre la main à la poche. «On demande à l’UBP environ 50000 francs pour que ces salariées puissent franchir ce cap. Le nouveau contrat de nettoyage leur fait économiser beaucoup plus.» Relevons que l’établissement financier a réalisé un bénéfice de 220 millions en 2017. En fin de semaine dernière, Cleaning Service avait embauché huit nettoyeuses d’Orgapropre. «Les sept personnes encore à reclasser ont entre 56 et 63 ans, proches de la retraite elles ont été blacklistées», assure Manuela Cattani.

«Je n’ai pas reçu de téléphone pour travailler. Je veux continuer là-bas, j’y travaille depuis 18 ans, je parle à tout le monde», témoigne une gréviste âgée de 56 ans qui a reçu l’annonce de son licenciement comme «un choc et un sentiment de trahison». La perte de cet emploi lui enlèverait 800 francs, ce qui n’est pas négligeable pour son budget. «Les piquets de grève sont difficiles, il fait froid, sous la pluie, la neige. Heureusement, on reçoit beaucoup de soutien.» De nombreux militants politiques et syndicaux sont venus témoigner de leur solidarité aux grévistes et, surtout, les huit nettoyeuses réengagées ont décidé de poursuivre le mouvement jusqu’à ce que toutes leurs collègues soient reclassées ou bénéficient d’un plan social. «Tout le monde a besoin d’un travail», explique simplement une travailleuse qui a signé un contrat avec Cleaning Service

Syndicalistes agressés

Mercredi dernier, selon le Sit, le conflit s’est envenimé lorsque quatre syndicalistes ont été agressés par des cadres d’Orgapropre et des agents de sécurité de l’UBP. Poussé sur un vélo tombé à terre, un secrétaire d’Unia Genève a été blessé à la jambe. Ceinturé par des vigiles de la banque, Thierry Horner a été séquestré à l’intérieur de l’édifice, plaqué au mur durant une vingtaine de minutes jusqu’à l’arrivée de la police. «Ils m’ont dit en gros que, maintenant que j’étais à l’intérieur, j’étais cuit», indique le secrétaire syndical. Manuela Cattani est très remontée: «Pour moi, c’était un guet-apens. Ils voulaient prouver que nous exercions une violation de domicile. C’est inacceptable. Le but des piquets de grève est d’informer et de dialoguer. Nous n’avons jamais exercé de la contrainte physique. Nous dénonçons avec force cette provocation, les violences et cette atteinte à notre droit de manifester devant un lieu de travail.»

Lundi, à l’heure de boucler ce numéro, la grève continuait. A suivre.