L’électrohypersensibilité en question

L’électrosmog, ou champs électromagnétiques provoqués notamment par les antennes 5G, aurait des impacts négatifs sur la santé.
© Thierry Porchet

L’électrosmog, ou champs électromagnétiques provoqués notamment par les antennes 5G, aurait des impacts négatifs sur la santé.

Les risques pour la santé et l’environnement des nouvelles technologies seront au cœur d’une conférence le 8 mars prochain à Martigny. Le point avec un des intervenants

«Ondes sous haute tension. Tous surexposés?» La conférence mise sur pied par l’organisation Info-EMF (incluant une démarche citoyenne valaisanne et comptant une dizaine d’associations suisses) à Martigny, le 8 mars prochain, fait déjà salle comble, avec quelque 300 billets vendus. Dès lors les inscriptions (illimitées) pour suivre la conférence en ligne ne cessent d’augmenter. C’est que l’association a invité des experts renommés dans le domaine de l’hypersensibilité électromagnétique. Soit le cancérologue connu mais controversé Dominique Belpomme, le docteur en sciences en biochimie Philippe Irigaray – tous deux travaillant au sein de l'ARTAC (Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse) –, ainsi que les experts romands Pierre Dubochet et Olivier Bodenmann, qui mettront en exergue les risques pour la santé des nouvelles technologies, dont l’électrohypersensibilité (EHS). Chantal Blanc, fer de lance du mouvement contre la 5G et coorganisatrice de la conférence, précise: «De récentes études norvégiennes sont alarmantes, notamment concernant les cerveaux vulnérables des enfants, ou la précocité de cas d’alzheimer. Une recherche récente de l’Université de Neuchâtel montre également les effets des rayonnements non ionisants – produits par les lignes haute tension, la téléphonie mobile, la radiodiffusion et le wifi – sur les arthropodes (insectes, araignées…). De surcroît, le Haut Conseil pour le climat en France met en garde sur les effets néfastes sur l’environnement de la 5G qui induit une augmentation massive des émissions de gaz à effet de serre.» Entretien avec Olivier Bodenmann, ingénieur électricien EPFL et co-initiateur du mouvement Stop5G.

Comment l'électrosmog influe-t-il sur les humains, les animaux, les plantes, l'environnement en général?
La question est extrêmement vaste! Concernant les humains, on sait depuis des décennies qu'il existe des effets biologiques même en-dessous des valeurs limites officielles. C’est un constat reconnu par Berenis, le groupe d’experts nommé par la Confédération. Mais il n’existe pas encore de consensus scientifique, car de nombreuses études sponsorisées par l'industrie démontrent une absence d'effets nocifs. Toutefois, 30% d’entre elles concluent à des impacts négatifs sur la santé. De surcroît, 70% des études indépendantes indiquent un impact nocif des ondes, prouvant que les animaux, particulièrement les insectes et les oiseaux, sont affectés par les rayonnements de la téléphonie mobile, de même que certaines plantes. Preuve de l’importance de la source du financement, mais aussi des difficultés à réaliser ces études.

Dénombre-t-on de plus en plus de personnes électro-sensibles?
Sans statistiques officielles, il est difficile de répondre. Des recherches datant d’une vingtaine d’années estiment que 10% de la population européenne est électro-sensible. Par exemple, la Suède est passée de 1,5% en 1997 à 9% en 2003. Ces chiffres datent de bien avant le réel essor de la téléphonie mobile avec des débits conséquents dus à l'avènement des smartphones dans les années 2010. L'exposition du public a donc beaucoup augmenté! Avec l’introduction de la 5G, de nombreux témoignages de personnes se plaignent d'effets négatifs à la suite des installations ou de modifications d'antennes près de chez eux. Nous ne savons pas combien de personnes sont touchées. L'existence même de ce syndrome d'électrohypersensibilité (EHS) démontre que quelque chose ne va pas avec les rayonnements auxquels la population est soumise. De surcroît, le nombre de cancers du type glioblastomes (qui se développent dans le cerveau ou la moelle épinière, ndlr) a été multiplié par quatre entre 1990 et 2018, selon Santé publique France.

Quel est l’apport du professeur Belpomme dans la compréhension des effets de l'électrosmog?
Cancérologue de renom, il a longuement étudié cette problématique et a défini des critères biologiques objectifs permettant d'identifier les patients EHS. Une diminution de l'irrigation de certaines zones du cerveau des personnes EHS explique en partie leurs symptômes tels que des difficultés à se concentrer, des pertes de mémoire, des vertiges, etc. L'EHS a été associée à une inflammation liée à une hyperhistaminémie (réaction allergique), un stress oxydatif, une réponse auto-immune, une hypoperfusion capsulothalamique (diminution du débit sanguin dans certaines zones du cerveau), une ouverture de la barrière hémato-encéphalique (permettant aux toxiques comme les métaux lourds et les pesticides de pénétrer dans le cerveau) et un déficit de la disponibilité métabolique de la mélatonine, suggérant un risque de maladie neurodégénérative chronique. Certes, on ne sait pas à coup sûr ce qui a rendu une personne EHS, car les causes sont multiples. Par contre, on sait que son mal-être est dû à une exposition aux ondes.


Pour suivre la conférence en ligne, aller sur info-emf.ch/conference-08-03-2024

Pour une sobriété numérique

En automne dernier, plus de 3000 installations étaient en attente d’un permis de construire en Suisse. «Nous n’avons pas davantage de précisions, car la carte synoptique de l’OFCOM censé donner des informations (type d’antennes, puissances, fréquences…) manque de transparence», regrette Chantal Blanc, militante au sein de Stop5G Glâne et coorganisatrice de la conférence. En automne, le Parlement a voté en faveur d’une accélération du développement de la 5G, mais cependant sans toucher à la valeur limite. «Reste que les opérateurs exigent de nouveaux arrangements pour contourner cette limite en demandant une valeur moyenne sur 6 minutes plutôt qu’une valeur maximale. Ils espèrent même une moyenne sur 30 minutes…», souligne celle qui n’est pas la seule à se questionner sur les risques des ondes pour l’être humain et l’environnement. En 2019, l’Office fédéral de la statistique constatait une augmentation du nombre de personnes (près de 60%) estimant que les antennes de téléphonie mobile étaient dangereuses pour l’être humain et l’environnement. «Pour rappel, au contraire de la France, aucune autorité en Suisse ne mesure ni ne contrôle les émissions des téléphones portables», explique Chantal Blanc, pour qui la sobriété numérique devrait être une priorité. «Eviter le wifi, privilégier une installation câblée, plus économe en énergie et plus sécurisée, et réduire la résolution des vidéos en ligne pour éviter la saturation des réseaux, sont quelques moyens. Une profonde réflexion sur l’utilisation des nouvelles technologies là où elles ont vraiment du sens est impérative.»