Pour une juste redistribution!

Action d'Unia devant un magasin Migros à Neuchâtel.
© Olivier Vogelsang

Devant la Migros de Neuchâtel, Unia a rappelé, non sans humour, que c’était l’heure pour le géant orange de passer à la caisse: «Migros s’est engraissé, il est temps de partager! M comme Merci!»

Soutenus par Unia, des employés de Migros se sont mobilisés la semaine passée dans différentes villes de Suisse pour réclamer une hausse des salaires. Une augmentation justifiée, le groupe affichant de bons résultats grâce au travail sans relâche de son personnel

«Migros fait clairement partie des gagnants de la pandémie. Mais le personnel qui a travaillé sans relâche attend toujours une redistribution équitable.» C’est l’un des messages essentiels des milliers de tracts distribués le 7 octobre, partout en Suisse. Unia dénonce une politique salariale indigne des gains du géant orange. «Actuellement, les salaires chez Migros sont à la traîne par rapport au reste du secteur alimentaire. Son salaire minimum est de 3900 francs seulement, précise Anne Rubin, responsable du secteur tertiaire à Unia. Surtout, il n’y a pas de hausse générale des revenus depuis des années.» Beaucoup d’employés ont ainsi perdu du pouvoir d’achat. Pourtant, le travail ne cesse de se densifier, conséquence notamment de restructurations successives, avec un certain nombre de licenciements à la clé. «Le personnel n’a plus une minute pour respirer. Il travaille à flux tendu. Les vendeuses et les vendeurs relatent également être davantage interrompus et devoir sauter d’une activité à une autre. La polyvalence et la flexibilité se sont nettement accrues.»

De surcroît, le personnel du commerce en ligne – Migros.ch (anciennement Le Shop), Digitec, Galaxus… – n’est pas couvert par la Convention collective nationale de travail (CCNT) de l’enseigne et ne bénéficie donc pas de divers avantages sociaux, comme la caisse de pension. «La semaine de travail est de 42 heures, les journées très longues presque sans pauses. Le début comme la fin du travail changent selon les besoins de l’employeur et sont communiqués au dernier moment. En outre, des salaires en-dessous des minima de la CCNT Migros existent», explique Anne Rubin.

Revendications

Unia demande donc: 2% de hausse générale des salaires; au moins 100 francs d’augmentation des salaires minimums; un renforcement des effectifs; la fin des contrats précaires; la protection de la CCNT Migros pour le commerce en ligne.

Comme le souligne la section neuchâteloise du syndicat dans son communiqué: «“Simplement bien vivre”, slogan de l’enseigne, est à ce jour une vaste plaisanterie marketing. Unia attend donc de Migros que le concept laisse place à l’action pour son personnel.» Et d’ajouter: «Un chiffre d’affaires qui explose à plus de 29 milliards de francs et des bénéfices juteux» qui devraient être logiquement partagés.

Ce même 7 octobre, alors que Migros négociait les salaires 2022 avec ses partenaires sociaux – dont est exclu Unia ainsi que d’autres organisations de travailleurs –, le syndicat a ainsi tenu à largement diffuser les revendications de ses membres auprès de leurs collègues. A noter qu’à l’heure où ce journal était imprimé, lundi, le résultat des pourparlers n’avait pas encore été communiqué. Les actions d’Unia ont aussi été l’occasion d’inviter l’ensemble du personnel à participer aux mobilisations nationales intersectorielles en faveur des métiers essentiels le 30 octobre.

Une vendeuse témoigne

«J’ai un peu peur de témoigner. C’est une grosse boîte. Et je suis à la recherche d’un travail…» L’indécision est palpable dans la voix de cette vendeuse de la Migros, licenciée à la suite d’un arrêt maladie. «Légalement, ma direction avait le droit. Mais j’avoue avoir été choquée au moment où on me l’a annoncé», souligne la travailleuse. Employée depuis plus d’une dizaine d’années, elle pensait être protégée. Mais non. Son salaire à 100% dépassait à peine 4000 francs brut, malgré son ancienneté et son CFC de vendeuse. Elle travaillait quasi tous les samedis, à raison de 9h par jour. «Même les deux pauses de 15 minutes sont déduites. Alors que, parfois, je n’en prenais pas, tant il y avait à faire.» En une décennie, elle a observé une diminution du nombre d’employés, et son corollaire: une augmentation du stress et de la polyvalence. «Faire différentes choses me va, car je suis dynamique et ouverte à tout. Mais on n’arrive plus à s’identifier à son poste», soupire-t-elle. La période Covid a été épuisante. «Il y avait tant de clients qui ne respectaient pas les règles. On a touché 50 francs en bon de la Migros. Puis un supplément de salaire de 500 francs, sur lequel on paie des impôts. Dans les deux cas, j’estime que ce ne sont pas de vrais cadeaux.» De manière générale, elle regrette le manque de reconnaissance. «En tant que vendeuses, nous ne sommes pas considérées, à la Migros, comme ailleurs.»