Réutiliser au lieu de produire ou de recycler, le projet de l’association de vignerons Bottle Back est en train de mettre en place un cycle vertueux et écologique de lavage de bouteilles.
«Pourquoi casser des bouteilles de vin en parfait état?» La question posée par une poignée de vigneronnes vaudoises a débouché sur le lancement d’un projet prometteur le 18 juin 2023. Depuis, Bottle Back – anglicisme qui dévoile l’ambition nationale de l’initiative – est devenue une association, avec une quarantaine de membres principalement romands, qui développe son concept circulaire.
La filière permet déjà la réutilisation des flacons. «Le simple fait de réutiliser une bouteille plutôt que de la jeter après une utilisation unique permet d'économiser de l’énergie, de réduire la surexploitation des matières premières et de baisser l’empreinte carbone dans le secteur viticole afin de préserver notre environnement», explique l’association.
«Cela permet un véritable impact qui est simple et très efficace. Planter des arbres par exemple, comme je le fais sur le domaine du Satyre, est beaucoup plus compliqué», explique Noémie Graff, l’une des initiatrices de Bottle Back avec Catherine Cruchon, œnologue à Echichens, et Laura Paccot du domaine La Colombe, à Féchy.
L’expérience pilote porte sur la mise en circulation d’environ 80000 bouteilles, subventionnée par le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI) du canton de Vaud. En janvier 2026, deux millions de contenants lavables pour le nouveau millésime seront mis en circulation avec la mention Bottle Back. Un changement d’échelle, qui reste toutefois une goutte d’eau face aux 130000 millions de bouteilles de vin produites en Suisse. Sauf que l’expérience pourrait faire boule de neige...
Processus participatif
En une année et demie, de nombreux professionnels ont exprimé leur intérêt et plusieurs acteurs ont rejoint le processus. La Haute école de viticulture et œnologie de Changins a planché sur la viabilité sanitaire du processus de nettoyage industriel, pour l’analyse de la stabilité hygiénique des contenants dans le temps après le lavage. Deux types de flacons ont été choisis ainsi que la colle hydrosoluble pour que l’étiquette se décolle facilement. «On a sélectionné ensemble la forme des bouteilles, la colle et les papiers, pour faciliter la logistique. Mais les étiquettes restent personnelles», précise Noémie Graff.
La démarche a été pensée pour rendre le processus du retour simple et attractif. «Il s’agit d’optimiser le trajet», souligne la vigneronne. Les points de collecte existent déjà dans les domaines viticoles, mais les déchetteries ont aussi un rôle clé à jouer à l’avenir, selon l’association Bottle Back. «Les grands distributeurs comme Oenolog – société basée à Monthey – pourrait faire le lien entre les vignerons et les clients, ainsi qu’avec les centres de lavage. Nous avons travaillé avec la société Univerre à Sierre durant la première année de test et maintenant avec Vetrum à Zurich, précise Noémie Graff. Nous pourrions envisager aussi un partenariat avec La Poste.»
Elle rappelle encore que cette opération de lavage était très répandue jadis chez les vignerons qui nettoyaient eux-mêmes les bouteilles: «Le tout-jetable issu des Trente glorieuses a réduit de beaucoup la pratique, même si elle a persisté dans certaines caves. Avec l’augmentation des volumes, reprendre ce vieux principe du réutilisable nécessite quelques adaptations logistiques. C’est un défi que notre association tente de relever.»
Plus d'informations : bottleback.ch