Le beurre et l’argent du beurre? C’est encore non!

Des collègues d'Unia lors de la remise des signatures.
© Olivier Vogelsang

Avec ses collègues d’Unia, Pablo Guscetti, ici à droite lors de la remise des signatures du référendum contre la LHOM, est l’un des artisans de la nouvelle victoire des vendeuses et des vendeurs de Genève.

Les citoyennes et citoyens genevois ont dit une nouvelle fois «non» à une extension des horaires d’ouverture des magasins sans compensation pour le personnel de vente. Et maintenant, on fait quoi?

Non, c’est non! Le 28 novembre dernier, la population genevoise a, de nouveau, exprimé dans les urnes son refus d’étendre les horaires d’ouverture des commerces sans contrepartie pour les travailleurs. En effet, un peu plus de 53% des électeurs ont rejeté les ouvertures de trois dimanches par année ainsi que les samedis jusqu’à 19h. Pour le Comité unitaire LHOM, qui se félicite de ce résultat, le message est clair. Déjà en novembre 2016, la population avait plébiscité le contre-projet à l’initiative «Touche pas à mes dimanches», qui introduisait la possibilité d’ouvrir les commerces trois dimanches par an à condition que les employés bénéficient d’une CCT étendue. Deux ans plus tard, face au vide conventionnel, la droite patronale revenait à la charge avec une loi dite expérimentale, mais ce nouveau vote confirme le souci de la population en faveur d’une amélioration des conditions de travail dans la vente et une opposition franche aux «manœuvres patronales qui tentent d’avoir le beurre et l’argent du beurre», dénonce le comité.

Retour à la case départ, donc. Pablo Guscetti, en charge du dossier à Unia Genève, revient sur la votation et les enjeux futurs dans la branche.


Quelle leçon doit-on tirer de ce nouveau non?

Ce résultat renvoie un message clair, à savoir que la population n’est pas disposée à ouvrir plus largement les magasins sur le dos du personnel de la vente. Cette fois, il n’y a plus de doute, c’est très clair. On ne peut pas libéraliser plus sans leur donner de contrepartie.

Quelle va être la suite de ce dossier?

En tant que syndicat, nous sommes le porte-parole des travailleurs de la vente. Ils nous demandent une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, ainsi qu’un stop à la flexibilisation et à la précarisation de leurs conditions de travail. Si ces ouvertures dominicales sont si essentielles comme le disent les patrons, il ne reste plus à ces derniers qu’à accepter de négocier une convention collective de travail digne de ce nom!

Justement, les associations patronales s’appuient sur cette fameuse CCT qu’ils ont signée. Peut-on avoir plus d’explications?

Effectivement, il existe une CCT, mais que sur le papier, car elle n’est pas étendue faute de représentativité. Sans parler du fait qu’elle ne protège en rien les salariés, car les conditions qu’elle prévoit, notamment salariales, sont en dessous du Contrat-type de travail édicté par le canton. Elle arrive à échéance cette fin d’année et les associations patronales veulent que nous la prolongions. La décision appartient aux travailleurs, dont le comité Vente se réunira et se prononcera le 15 décembre prochain. Pour avoir longuement échangé avec les vendeuses et les vendeurs, je crois que si les patrons veulent aller vers une extension de la CCT pour pouvoir ouvrir certains dimanches, ils devront prendre en considération les attentes du personnel et négocier des compensations qui vont dans son sens.

En a-t-on fini avec ces votations sur l’extension des horaires d’ouverture des magasins?

Avec ce nouveau non, on espère avoir mis fin à cette longue odyssée, mais il faut rester très vigilants. Il y a toujours un projet de loi de l’UDC dans les tiroirs du Parlement, beaucoup plus extensif puisqu’il propose d’ouvrir les commerces jusqu’à 20h du lundi au samedi. Il avait été mis en pause le temps de la votation, mais j’espère maintenant que les députés prendront acte du message passé dans les urnes il y a quelques jours.