Des stages controversés

En ayant recours à des stagiaires envoyés par l'Hexagone, certaines entreprises françaises sont accusées par les syndicats genevois de pratiquer de la sous-enchère salariale

Ils sont 117 à travailler en Suisse, dont 79 à Genève. Ils sont ingénieurs d'affaires, chargés de projets, chargés de recrutement ou encore business managers. Ils ont fait au minimum trois ans d'études supérieures et sont tous multilingues. Et pourtant, leur rémunération ne dépasse pas 2630 euros par mois (environ 3000 francs). Cela s'explique par leur statut de stagiaire de longue durée, décroché par le biais du Volontariat international en entreprise (VIE), une expérience dans une entreprise à l'étranger proposée par l'Etat français aux jeunes de 18 à 28 ans. Mais qui pose un problème à la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), comme le relate un article de la Tribune de Genève du 11 octobre dernier. «Ce qui dérange les syndicats, ce n'est pas qu'il s'agisse de stagiaires et d'entreprises français en Suisse, mais le fait qu'on parle de stages alors que ce sont clairement des emplois déguisés, dénonce Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia et président de la CGAS. La réglementation cantonale en matière de stages, qui a pour but de lutter contre les stages abusifs, est claire: si le stage ne s’inscrit pas dans un cursus de formation ou un dispositif légal d’intégration type chômage ou AI, il s'agit d'une prise d'emploi et les salaires d'usage doivent être appliqués.»

Qui doit payer?

Ces stages ne sont pas nouveaux, loin de là. Le VIE prend forme en 2000 à la suite de la suspension du service national obligatoire. Et pour notre syndicaliste, il existe depuis bien plus longtemps. «C'est un héritage de la politique coloniale française. A l'époque, on envoyait déjà des jeunes dans les colonies pour soutenir les entreprises françaises de l'étranger.» Si l'affaire ressort aujourd'hui, c'est parce que les syndicats sont «tombés» sur certains cas, notamment dans les banques, et ont pu constater que ces stagiaires n'étaient pas là pour apprendre, mais pour travailler. «Le phénomène n'est pas massif à Genève, admet Alessandro Pelizzari. Cela dit, il n'empêche que les entreprises ne respectent pas les dispositions légales et en profitent: ce n'est rien d'autre que du dumping salarial.» 

L'affaire a été saisie par la Commission des mesures d'accompagnement du Conseil de surveillance du marché de l'emploi dans le cadre de la lutte contre les stages abusifs, et la procédure suit son cours. «C'est un peu particulier dans ce cas, car la question est de savoir qui doit porter la responsabilité, la République française ou les entreprises qui emploient ces stagiaires? C'est ce que la Commission devra déterminer.»