Des soignantes s'expriment

Manifestation du 31 octobre à Berne.
© Thierry Porchet

Rencontrées lors de la mobilisation du 28 octobre à Lausanne, des employées de la santé témoignent

Pour la retraite à 60 ans

«Nous n’avons pas encore digéré la fatigue physique et psychologique de la première vague et la seconde est là. Je la redoute. Au début de la pandémie, après la surprise et la sidération, nous avons su nous adapter, trouver des solutions pour des personnes très isolées – mise en place des dispositifs pour les soins, courses – et acquis de l’expérience. Nous pourrons mieux nous organiser aujourd’hui, mais nous sommes épuisés. Nous réclamons davantage d’effectifs et de meilleures rémunérations, et ce depuis des années, ainsi qu’une prime corona ou un 14e salaire. C’est un travail très pénible, usant. Beaucoup d’entre nous risquons des problèmes musculo-squelettiques. Je suis favorable à la retraite à 60 ans, comme dans le bâtiment.»

Rosanna, 57 ans, assistante sociale dans un centre médico-social


«Nous méritons une revalorisation de notre salaire»

«Après une organisation un peu compliquée, nous avons bien réussi à gérer la première vague. Aux urgences, il y avait alors surtout des patients atteints du Covid. Mais j’ai peur qu’il manque aujourd’hui du personnel. Beaucoup d’entre nous sommes épuisés. Les soins nécessités par ce virus impliquent un rythme très soutenu. A cette cadence, à force, comment va-t-on tenir le coup? Sans oublier la peur de contaminer des personnes de notre entourage. Il y a beaucoup de malades aux urgences, y compris des personnes souffrant d’autres pathologies. Déjà, nous sommes débordés. C’est juste et bien que tous accèdent aux soins. Mais je suis inquiète. Des salles supplémentaires ont été aménagées pour accueillir davantage de monde. On parle tous les jours du Covid et, tous les jours, c’est plus compliqué. Les effectifs ne suivent pas. On ne réagit pas suffisamment, de manière générale, à ce problème. C’est l’inconnu. Je ne réclame par une prime mais une réévaluation à la hausse de notre salaire. Nous le méritons.»

Alessandra, 28 ans, infirmière au CHUV, secteur des Urgences


«Nous ne sommes pas prêts»

«La première vague a été difficile mais la deuxième s’annonce pire. Au début de la pandémie, nous étions plus en forme, unis par une grande solidarité. Je me sens aujourd’hui fatiguée. Je n’ai pas pu récupérer les heures supplémentaires de la première vague – en un mois et demi, j’en ai accumulé plus de 50 – car, depuis deux mois, nous sommes en sous-effectifs. Cette période a été la plus difficile de ma carrière – je travaille au CHUV depuis seize ans. Nous n’avions alors que des cas Covid. Il y a eu beaucoup de décès, souvent entre trois et quatre par jour. Bien davantage que hors pandémie. Je supplie la population de suivre les recommandations des autorités. Je suis aussi en colère. On ne dit pas la vérité sur ce qui se passe sur le terrain. Nous ne sommes pas prêts. On improvise le moment venu. Je suis favorable à une prime. Pas nécessairement Covid mais de risque. Nous sommes quotidiennement confrontés à des violences physiques et verbales et à différentes maladies. Sans changement, je quitterai ma profession. J’envisagerai alors peut-être de m’orienter vers la gendarmerie. Mais ce ne sera pas nécessairement plus simple.»

Sefika, 35 ans, infirmière au CHUV, médecine interne


«La cadence va encore augmenter»

«La profession est mal reconnue. Nous sommes mal payées, comme nombre de métiers dits féminins. On ne tient pas compte de la pénibilité du travail. Je crains cette deuxième vague. Le rythme va encore augmenter alors que, déjà, on enchaîne les visites et que les temps de trajet ne sont pas vraiment pris en compte. Je débute ma journée à 7h et termine aux alentours de 22h. Je suis employée à 80% mais, ces temps, c’est plutôt du 130%. Il y a aussi toutes ces mesures sécuritaires qui compliquent notre tâche. Les personnes âgées me demandent souvent d’ôter mon masque, car nombre d’entre elles sont sourdes et ne comprennent pas ce que je dis. Il s’agit au besoin de faire preuve de bon sens et de garder la distance. Je suis aussi souvent la seule visite que reçoivent mes patients, entre dix et quinze, dans la journée. Je n’ai pas peur du Covid, c’est une composante de mon métier et, si j’ai des symptômes, je resterai chez moi. Mais je pense qu’une prime risque serait justifiée comme une revalorisation salariale pour tous les professionnels de la santé et une augmentation des effectifs.»

Marie-Odile, 59 ans, infirmière à domicile


Voir également Une mobilisation pour la santé de toute la population.

«Qu’arriverait-il si l’on arrêtait de désinfecter?»

«Mon métier, je l’aime beaucoup, et il est aussi essentiel qu’un autre. Je nettoie actuellement des bureaux, et je viens de terminer un remplacement dans une clinique. Chaque jour, je risque aussi d’attraper le Covid-19 et de le ramener chez moi. Je suis engagée à 40% par une entreprise de nettoyage. Et je suis à 40% au chômage. C’est difficile de trouver du travail en ce moment. Cela fait neuf ans que je suis arrivée du Portugal en Suisse et que je travaille dans ce secteur, d’abord sur des chantiers, et maintenant dans des bureaux. Le salaire reste le même, alors que les assurances maladie augmentent. Mon salaire est de 20 francs l’heure et je suis donc mieux payée que d’autres nettoyeuses. Mais pourquoi ne se bat-on pas pour un salaire minimum de 23 francs comme à Genève? Je souhaite témoigner, car beaucoup de nettoyeurs sont des immigrés et n’osent pas parler. Ils ont peur de perdre leur travail, et d’autant plus depuis cette pandémie. Ce qui m’attriste c’est que nous ne sommes pas reconnus alors que nous nettoyons les hôpitaux, les EMS, les entreprises… Qu’arriverait-il si l’on arrêtait de désinfecter?»

Rosa (prénom d'emprunt), femme de ménage dans le canton de Vaud

Propos recueillis par Aline Andrey.